Actualités

26ème édition d’Un Festival C’est Trop Court ! du 2 au 6 octobre

Actus

Publié le : Mercredi 23 septembre 2026

Le Festival Européen du Court Métrage de Nice – Un Festival C’est Trop Court ! est un événement majeur dédié à la jeune création cinématographique. Chaque année, le festival réunit pendant une semaine des films, des réalisateurs et un public passionné venus d’Europe et d’ailleurs, créant à Nice une effervescence culturelle unique autour du format court. Retrouvez la programmation ici.

À l’occasion de la 26ème édition du festival qui aura lieu du 2 au 6 octobre, Séances Spéciales s’est entretenu avec Laurent Tremeau, son directeur artistique.

Vous aviez prévu de recevoir Tony Gatlif pour un hommage à l’occasion du festival. Sa disparition début septembre a-t-elle changé la manière dont vous avez construit la programmation autour de son œuvre ?

Laurent Tremeau : On a évidemment été tristes comme tout le monde, et un peu déstabilisés : ce n’était jamais arrivé dans l’histoire du festival qu’un invité disparaisse comme ça. On a pris le temps d’échanger avec les différents partenaires : la Cinémathèque de Nice, des cinémas qui diffusent les films, etc. Nous avons publié un texte sur les réseaux sociaux qui reprend la thématique qu’on avait imaginée autour de sa venue et de son cinéma, intitulée Voyageur en transe. Nous avons conservé cette thématique. Les longs métrages avaient été choisis avec Delphine Mantoulet, la compositrice de plusieurs de ses films, avec qui nous avons construit cette programmation : Gadjo Dilo, Exils et Latcho Drom. Elle occupe le premier week-end du festival, qui débute le 2 octobre, et se double d’un hommage citoyen associant plusieurs partenaires autour de la figure de Tony Gatlif.

L’affiche de cette édition est inspirée du thème « migration en Méditerranée ». Qu’est-ce que ce thème signifie pour cette édition ?

À force de fonctionner de manière quasi horizontale et démocratique, il faut, à un moment donné, trancher. Le choix n’a pas été simple : une affiche a besoin d’un brief, de quelques idées de base, qui naissent souvent de rencontres décisives. Nous sommes installés au 109, le pôle de création contemporaine de la ville de Nice, depuis un an et demi. L’avantage, c’est d’y côtoyer au quotidien de nombreux acteurs culturels, tous secteurs confondus : danse, théâtre, spectacle vivant, musique, art contemporain, cinéma. J’ai ainsi été associé à une réunion avec un département de l’université de Nice, qui porte un laboratoire de recherche intitulé « Migrations en Méditerranée ». Cette rencontre a eu lieu en début d’année : l’université est un lieu avec lequel on essaie de tisser beaucoup de liens, avec des professeurs comme des étudiants, pour faire venir le cinéma à l’université et réciproquement. J’avais par ailleurs rencontré Tony Gatlif quelques années auparavant, au festival Peuple et Culture, qui se tient chaque été en plein air à Arles, dans le théâtre antique l’un des plus beaux endroits au monde pour voir du cinéma. C’est quelqu’un de très aimable, sympathique et accessible, et j’ai gardé un très bon souvenir de cette rencontre.

En rencontrant l’université, je me suis dit que le cinéaste méditerranéen, celui qui a le plus filmé les peuples nomades et les Tsiganes selon leurs origines, c’était lui : le cinéaste de l’exil et de l’errance. C’est ainsi que j’ai décidé de l’inviter dans le cadre de cette programmation. On a ensuite cherché un titre spécifique, « migration en Méditerranée » correspondant davantage au sous-titre du travail de l’université. Ce qui m’a toujours frappé dans son cinéma, c’est la présence constante de moments de transe : les personnages partent sur la route, en quête, traversés par le doute, et rencontrent toujours des musiciens virtuoses, d’accordéon, de guitare ou de violon, à travers lesquels ils accèdent à autre chose pendant quelques minutes. C’est ainsi qu’est né le titre Voyageur en transe. Delphine Mantoulet a immédiatement accepté cette proposition, et elle animera une rencontre musicale intitulée La compositrice en transe. On a décliné le concept en duo, car Delphine a beaucoup contribué à ces films et en est, elle aussi, une invitée d’honneur.

Par extension, cette thématique a guidé le choix de l’affiche : une photo du port de Nice, prise depuis le Château, la colline qui surplombe ce port en réalité minuscule, avec une vue qui s’ouvre vers Villefranche-sur-Mer et, plus loin, vers l’Italie. Cette vue est en partie masquée par des cactus, loin d’une image de carte postale classique, mais avec un vrai cachet. La photo, originale, a été prise par Paul, en service civique au sein de l’association, puis maquettée avec le sous-titre. Le choix n’a pas été évident, car montrer une image de Nice alors qu’on est à Nice pouvait sembler redondant, mais le port, entre arrivée et départ, symbolise aussi le voyage, l’errance et l’exil des peuples : il collait parfaitement à la thématique.

Le festival fête sa 26e édition. Qu’est-ce qui a évolué depuis sa création, et comment le regard du grand public sur le court-métrage a-t-il changé, ici à Nice et plus largement ?

Nous espérons que depuis toutes ces décennies, nous avons réussi à intéresser le public à une forme de cinéma indépendante. Le court-métrage est un peu le cœur du cinéma indépendant, parce qu’il n’y a pas de contraintes commerciales et économiques : les courts ne sortent pas en salle le mercredi, on ne regarde pas leurs entrées. Les festivals se sont énormément développés en France parce que c’est un lieu de diffusion des films et de rencontre avec le public : sinon, faire un court-métrage, c’était risquer de ne jamais être vu. C’était avant l’arrivée d’Internet, à la fin des années 1990. Il y a eu ensuite les réseaux sociaux, une désaffection puis un retour des salles, qui restent d’ailleurs toujours très actives.

Au départ, le court-métrage était plutôt identifié comme « le court avant le long », ce qui le réduisait à cet espace et à sa durée : il fallait que le film fasse moins de dix minutes. Quand on a créé le festival, on s’est beaucoup rendus dans des festivals comme Clermont-Ferrand ou le Festival tout court d’Aix-en-Provence. On avait deux modèles en tête, l’un français, européen et mondial, l’autre régional, pour trouver notre spécificité : une date qui ne coïncide pas avec ces grands événements, une date idéale dans le calendrier, une thématique et un territoire cinématographique propres. Le choix de la durée a souvent été remis en cause chez nous, avec l’idée de programmer des moyens métrages. Nous ne faisons pas de distinction : le cinéma reste le cinéma, court ou long. On n’a jamais dérogé à ce choix, et cette année encore, la compétition européenne comporte des films de plus de trente minutes. On ne raisonne pas en termes de durée : il y a aussi des films d’animation de quelques minutes à peine. Ce n’est pas un parti pris de privilégier les films longs, on pense toujours au public.

Avant le festival, on réunit tous les membres des comités de sélection : il y a quatre compétitions, des personnes qui font cela pour la première fois, toutes catégories et tous âges confondus — étudiants, jeunes retraités, cinéphiles, spectateurs du festival de l’année dernière passés de l’autre côté. C’est ce qui nous rend cohérents et qui renvoie à l’objet initial de l’association : l’objectif et le désir restent les mêmes, montrer au public des films qu’on a aimés. Un festival est un moment privilégié : pendant une semaine, on vit dans une bulle créative, c’est assez formidable, on oublie presque le monde. Beaucoup de films nous rappellent pourtant que le monde est juste là, autour de nous, parce que les cinéastes racontent ce qui s’y passe — c’est aussi tout l’intérêt de cette forme. À Nice, le travail qu’on mène est spécifiquement un travail d’éducation à l’image et de mise en réseau avec d’autres événements pendant l’année, comme la Fête du court. On essaie de travailler toute l’année, de ne jamais s’isoler, au contraire de relier le territoire, les lieux, les artistes, les techniciens, les lieux alternatifs, d’être en dialogue avec les institutions, et de faire de Nice un lieu de référence maritime pour le court-métrage.

Quelles sont les différentes compétition d’Un Festival C’est Trop Court ?

La compétition majeure s’appelle la Compétition européenne : c’est la définition stricte de l’événement, puisque nous sommes un festival de courts-métrages européens. Comme je vous l’ai dit sur les durées, on n’est pas limités à trente minutes, on peut aller jusqu’à une heure. Cette année, ce sont trente-quatre films, représentant quatorze pays européens, majoritairement des fictions, mais aussi de l’animation et du documentaire : on essaie de montrer toute la diversité du court-métrage dans cette compétition.

Les trois autres compétitions sont :

  • La Compétition Expérience, imaginée en 2011 comme un laboratoire de nouvelles formes issues des arts plastiques, de la danse et de l’essai vidéo. Elle compte trois programmes et reste une compétition européenne.
  • Une compétition dédiée uniquement au cinéma d’animation d’écoles européennes, réservée aux films de fin d’études.
  • Cours d’ici, qui existe depuis le début du festival et met l’accent sur la production régionale, pour montrer les cinéastes qui font des films sur le territoire. La sélection couvre tout le Sud, jusqu’à Marseille, ainsi que la Corse. Elle compte onze films cette année, répartis en trois programmes.

Concernant la compétition Cours d’ici, comment évaluez-vous l’état de la production de courts-métrages dans la région ? Comment a-t-elle évolué ces dernières années, et voyez-vous émerger davantage de jeunes cinéastes ?

Oui, clairement, et cela tient selon moi à plusieurs facteurs. Le premier, c’est celui des fonds d’aide : dans une région qui dispose d’un fonds d’aide, les producteurs peuvent solliciter des financements ; là où il n’y en a pas, l’action locale n’est pas soutenue. C’est un problème ici, puisque le département a supprimé son aide au court-métrage, tout en maintenant celles au long métrage et au documentaire. Cela a suscité une revendication des producteurs et réalisateurs locaux, sans pour autant inverser la tendance. Heureusement, la Région Sud finance le court-métrage, et c’est le premier facteur d’évolution.

Viennent ensuite les lieux de diffusion : les festivals qui existent dans une région, surtout ceux qui associent une compétition à un marché du film et à un espace professionnel, favorisent considérablement la production et son ancrage local. Sans production, sans lieu pour la montrer, sans lieu de rencontre professionnelle, tout devient très difficile. Il y a aussi les lieux indépendants : cinémas, espaces culturels, tiers-lieux.

Enfin, il faut souligner le rôle grandissant des associations professionnelles régionales : la Réplique pour les comédiens, l’AARSE pour les réalisateurs du Sud Est, l’A.R.T.S pour les techniciens, et Les Producteurs Associés pour les producteurs. Pour la diffusion et l’exploitation, il y a vous, les Écrans du Sud, et il existe aussi une association de festivals, le Forum des festivals. En Région Sud, il y a donc quasiment une association professionnelle par secteur et qui accomplissent un important travail de mise en réseau : connecter des acteurs isolés, par exemple une association de l’arrière-pays qui souhaite se lancer dans la diffusion mais ne reçoit pas de films et ne dispose pas d’équipement, avec ces réseaux professionnels.

La réponse est donc multifactorielle. Des auteurs choisissent de rester dans la région parce que cet écosystème existe — mais aussi pour des raisons plus personnelles : un lieu de vie, un lieu de travail, souvent une activité à côté qui leur permet de continuer à vivre de leur passion et de leur envie de faire des films.

Parlons de la sélection des films pour les compétitions : vous en recevez sans doute énormément. Comment ça se passe concrètement, et sur quels critères vous appuyez-vous ?

Il n’existe pas de critères écrits ou annoncés. À partir du moment où l’on s’engage dans un comité, il faut pouvoir suivre le rythme : recevoir plus de mille films n’est pas un travail d’un mois et demi, cela s’étale sur environ six mois selon les compétitions. C’est difficile, parce qu’il existe forcément une ligne éditoriale propre à Nice, même si ce n’est pas à nous de la définir mais plutôt à ceux qui regardent notre sélection. Elle n’est ni celle d’Aix-en-Provence, ni celle de Pantin, ni celle de Clermont-Ferrand : c’est celle de Nice. On prend moins de films, ce qui résulte de discussions et de plusieurs années de travail de sélection. Les personnes qui ont occupé cette fonction avant ont sans doute transmis, directement ou indirectement, une certaine manière de regarder, de critiquer et de sélectionner les films.

Cette année, les personnes qui ont sélectionné pour la Compétition européenne, celle qui reçoit le plus de films et demande donc le plus de temps de travail, ont visionné près de neuf mille films, certains pouvant durer jusqu’à cinquante minutes. Quand on commence à regarder des films en février, on se retrouve en réunion en juillet : mieux vaut avoir de bonnes notes ou une excellente mémoire ! C’est passionnant à chaque fois, parce que ce sont toujours de nouveaux films : on garde l’excitation du débutant, l’envie de les découvrir, de les partager, de les aimer plus ou moins, de les défendre, d’en parler.

Cette année, la sélection finale de la Compétition européenne s’est achevée à neuf personnes, un chiffre record. Plusieurs membres, des piliers du comité qui voyaient énormément de films et dont l’avis comptait beaucoup, l’avaient quitté en cours de route pour des raisons personnelles sans lien avec la sélection. Il a fallu rebattre les cartes, car il restait beaucoup de retard à rattraper. Cela a suscité un regain d’implication chez des personnes restées en retrait, qui hésitaient à franchir le pas de la sélection finale, la jugeant trop sensible, trop liée à la dimension humaine du festival. Finalement, il faut être armé de ses notes et de sa mémoire, car on débat vraiment des films et on fait de vrais choix. C’est une fierté d’être allés au bout à neuf personnes. Ce travail est entièrement bénévole, en dehors du temps professionnel, et il touche à la raison d’être de l’association : à l’origine, montrer au public des courts-métrages qui ne sortaient pas en salle. L’envie de voir des films reste la même, puisque ce sont toujours de nouveaux films, mais on touche là à ce qui fait qu’on existe : nous ne faisons pas les films, nous les diffusons, du mieux possible, dans les conditions les plus favorables pour les artistes, les réalisateurs et les actrices qui les font. Chaque année est différente, et cette année, on est fiers de ce cru : les films ont été bien vus, bien travaillés, et vont maintenant être vus par le public.

Un Festival C’est Trop Court ! a lieu du 2 au 6 octobre. En savoir plus sur la programmation.

Entretien réalisé par Lola Antonini

Les Festivals de cinéma dans le Sud – En mai 2026 !

Les Festivals de cinéma dans le Sud – En avril 2026 !

Les Festivals de cinéma dans le Sud – En septembre 2026 !

Les festivals de cinéma dans le Sud – Été 2026 !

Reprise de la Quinzaine des cinéastes 2026

Reprise de la Semaine de la Critique 2026