À l’occasion de Cinémanimé, festival d’animation pour petits et grands, Séances Spéciales s’est entretenu avec Catherine Mallet, Directrice et Programmatrice du Cinéma La Cascade à Martigues. Elle nous parle de ce rendez-vous jeune public devenu un temps fort de l’année pour sa salle, du plaisir de partager l’animation en famille, et de l’intérêt de découvrir les coulisses des films grâce aux ateliers et aux rencontres.
Que représente Cinémanimé pour le cinéma La Cascade ?
Catherine Mallet : Cinémanimé est un temps fort pour notre cinéma, depuis l’origine du festival. C’est notre plus gros rendez-vous jeune public festif, avec une programmation qui fait une belle place à l’actualité de l’année. C’est aussi l’occasion de mettre en place, grâce aux Écrans du Sud, une série d’ateliers avec des intervenants. Nous avons la chance d’être accompagnés par des professionnels qui partagent leur savoir-faire, de façon efficace en termes de temps comme de contenu. C’est une vraie réussite. Pour nous, exploitants, c’est une chance de pouvoir proposer cette offre, avec des ateliers pris en charge par différents intervenants, et à un coût modéré en plus. Faire partie d’un collectif, c’est aussi ne pas se sentir seul. Je crois que Cinémanimé raconte cela aussi : en tant que salle, on n’est pas isolé, on peut partager de bonnes pratiques entre collègues.
Il y a également une chose que je trouve précieuse : lors d’une activité pour enfants en famille, même un atelier, les parents peuvent rester observer leurs enfants évoluer. C’est une belle valeur ajoutée, qui correspond à ce que nous défendons dans ce lieu de partage et de vie autour du cinéma et de la pratique artistique. Même s’il s’agit d’animations ponctuelles, c’est vraiment positif. Un événement, c’est participer à un projet collectif, porté par l’association territoriale, avec des propositions clés en main. Et au-delà des films d’animation, il y a d’autres rendez-vous : on fait un focus sur l’animation jeune public, mais on va aussi vers des publics plus grands.
Y a-t-il encore des préjugés du type “l’animation c’est pour les enfants” ?
À travers la programmation de Cinémanimé, on tend vers un cinéma pour toutes et tous. Les cinéastes le disent souvent : ils font des films accessibles. Ils n’écrivent pas forcément à l’intention des enfants, mais leur récit vaut pour tous les publics. C’est un vrai plaisir de voir les parents ravis autant que leurs enfants. Eux aussi sont attrapés par le film, et c’est important.
En tant que salle de cinéma, il n’y a pas de hiérarchie entre les films. Le cinéma d’animation a toute sa place dans l’ensemble des propositions, comme le documentaire. Tous ces films sont le résultat d’un travail d’équipe, de choix de mise en scène, de scénario, de son, de musique. Je crois qu’il faut redoubler d’attention, parce qu’on pense parfois que l’animation s’adresse uniquement à un public cible, et pas du tout : l’histoire du cinéma nous l’a suffisamment montré. Je pense par exemple à Paul Grimault qui a réalisé Le Roi et l’Oiseau. Ce film a marqué l’histoire à travers les décennies, c’est du grand cinéma.

Le Corset de Louis Clichy © KMBO
Qu’est-ce que ça apporte de découvrir un film lors d’une séance accompagnées, pour les enfants qui vont peu au cinéma, sont habitués aux plateformes ?
D’abord, le grand écran, c’est un rapport différent à l’image. En salle, on est dans le temps du « spectacle », du début à la fin. Ce temps cinématographique accompagné n’est pas que symbolique : il est aussi très vivant, parce qu’on vit quelque chose ensemble et qu’on partage cette expérience à plusieurs. Dans une salle art et essai, nous faisons très attention à l’accueil autour d’un événement, en particulier pour les tout-petits. Nous adaptons les séances en terme de durée et de forme. C’est une façon de dire aux parents : « Venez dans votre cinéma, sereinement, pour vous et pour votre enfant. » C’est ce lien-là que nous racontons à travers nos programmations, et que raconte Cinémanimé : une sélection de films pensés pour eux, de qualité, diversifiés dans leurs formes et ouverts à tous les âges.
Nous devons nous faire une place dans l’attention des jeunes, sollicités par un flux constant d’informations. À travers la représentation de notre imaginaire, le cinéma propose des choses différentes. Il faut former le public et lui donner envie de venir. Ces propositions existent à côté des plateformes de vidéo à la demande. Elles sont là, et notre travail est de continuer à offrir cet endroit, pour venir avec ses enfants, en famille.
D’autre part, avoir un ou une cinéaste qui vient présenter son projet au public, c’est une chance, et c’est très intéressant. La diffusion en salle est importante, mais ces séances permettent aussi de découvrir les métiers, les savoir-faire et le processus qui mène à la création d’un film. Par exemple, nous accueillons la cinéaste Sarah Van Den Boom, qui présentera son film Séraphine en cours de fabrication au public, et le processus de création. Autre exemple avec Le Corset de Louis Clichy : nous proposons une rencontre avec la directrice artistique Cécile Guillard. C’est très intéressant de découvrir comment elle traduit les intentions du cinéaste avec les moyens de l’animation. C’est passionnant, d’autant qu’un film d’animation mobilise un très grand nombre de métiers. Ugo Bienvenu en parlait très bien à propos d’Arco. Il disait s’être entouré de personnes dont il admirait énormément le travail. Il était très content de les réunir autour de son projet, car il savait qu’elles en feraient une interprétation technique géniale.
Quel film d’animation des deux dernières années t’a marquée, en tant que programmatrice et en tant que spectatrice ?
Arco d’Ugo Bienvenu, pour son récit. C’est un film très fort, un récit d’imaginaire, un récit pour un futur positif, qui ouvre beaucoup de perspectives. Il y a aussi la musique : Arnaud Toulon a livré une bande originale incroyable, que j’écoute régulièrement. Et ce film fait confiance aux enfants, dans leur compréhension du récit et du monde.
Le deuxième, c’est Le Secret des mésanges d’Antoine Lanciaux, parce que c’est une prouesse artistique : un long métrage en papier découpé. Pour moi, c’est un film qui compte dans l’histoire du cinéma d’animation. Il a fallu se lancer dans le défi sans méthode déjà expérimentée ailleurs, et inventer toute une méthode de fabrication avec l’ensemble de l’équipe. Le travail que ça a demandé est incroyable : l’organisation, la méthodologie, le travail des couleurs… Il y a quelque chose d’assez extraordinaire dans la fabrication. On recherche, on tente, on fait encore de nouvelles choses, on crée.
C’est ce qui est génial dans l’animation : c’est de la recherche. Ces équipes, ces cinéastes ne se contentent pas d’une seule forme, d’un seul format, d’un seul style. Ils ont encore l’audace de nous surprendre, et ça fonctionne grâce à plein de facteurs différents.
Il y a aussi le travail des voix. En animation, il faut prêter une voix à tous ces dessins, ces découpages. Cela suppose un vrai travail de direction d’acteurs, d’écriture des textes, de dialogues. Images, technique, récit, son et voix doivent s’accorder pour donner vie au film et pour qu’on y croie. On n’est pas dans une prise du réel : il faut embarquer le spectateur. Quand tout cela est réuni, ça donne des films assez incroyables. C’est aussi bluffant parce qu’il faut travailler les personnages sous des angles différents pour servir la mise en scène, et il en va de même pour les décors. On a des cinéastes qui livrent des films d’un très beau travail.
Rendez-vous du 14 octobre au 10 novembre pour la 27 édition de Cinémanimé. Retrouvez toute la programmation ici.
Crédits photo top : Muyi, la légende du village des femmes de Julien Chheng © Gebeka Films
Entretien réalisé par Lola Antonini