Actualités

Rencontre avec Gaëlle Rodeville, déléguée générale du Music & Cinema Marseille

Actus

Publié le : Mercredi 25 mars 2026

A l’occasion du festival international Music & Cinema Marseille, Séances Spéciales s’est entretenu avec Gaëlle Rodeville, directrice de production et déléguée générale du festival. Rendez-vous du 30 mars au 4 avril pour l’édition 2026 du festival, qui comme chaque année met à l’honneur les futurs talents du cinéma et la création musicale pour l’image.

Pouvez-vous nous expliquer ce qui fait l’identité de Music & Cinema Marseille, à la fois dans sa programmation et dans les actions menées tout au long de l’année ?

L’identité du festival repose essentiellement sur une dimension internationale, à la fois cinématographique et musicale, autour de la production de musique pour l’image. C’est vraiment le cœur de notre ADN. Cela nous permet aujourd’hui de ne pas avoir une thématique unique imposée au festival, mais de travailler sur l’ensemble de la programmation autour de deux axes fondamentaux : la création cinématographique internationale et la relation entre deux auteurs essentiels, les compositeurs et les compositrices d’un côté, les réalisateurs et réalisatrices de l’autre. C’est cette relation musique–image qui constitue la véritable spécificité de Music & Cinema. Toute notre programmation est construite autour de cette mise en lumière des auteurs, compositeurs et réalisateurs. C’est ce positionnement qui nous permet de nous différencier parmi un grand nombre de festivals et d’exister aujourd’hui. La problématique actuelle, pour les festivals comme pour les artistes, est de pouvoir travailler ensemble, mais aussi de proposer quelque chose de nouveau ou de peu exploité. C’est cette singularité qui nous permet de continuer à exister.
Tout au long de l’année, nous menons également de nombreuses actions. Malgré les difficultés existantes, et même si nous bénéficions d’un soutien important de la Ville de Marseille, il y a une volonté forte de déployer le travail que nous menons à l’année, de valoriser nos compétences et d’en développer de nouvelles, notamment autour de la médiation culturelle. Il y a donc un travail très important de médiation culturelle, mené aussi bien avec des écoles primaires, des collèges et des lycées, que dans des cadres spécifiques comme les hôpitaux, les prisons, etc. C’est une partie essentielle de notre activité, avec de nombreux ateliers de création et de formation organisés tout au long de l’année, destinés aussi bien aux jeunes publics qu’aux publics éloignés ou empêchés d’accéder à certaines formes de culture.
Parallèlement, le festival est cofondateur d’un Master Musique à l’image, avec la Belgique, l’Italie et le Canada. Il exporte le Dispositif 3e personnage, qui met en relation compositeurs, producteurs et réalisateurs, et permet à des compositeurs de signer des musiques de films, qu’il s’agisse de films français ou internationaux, de séries ou de documentaires. Le festival développe donc de nombreuses activités connexes.

Pendant le festival, il y a des rencontres professionnelles, des résidences… Quel est l’impact de ces dispositifs sur les jeunes professionnel.les de la filière ?

L’une des raisons d’être du festival, au-delà de la question du public et des lieux de diffusion, est qu’il se positionne comme un véritable lieu de formation et de création. C’est pourquoi le festival a choisi de multiplier les dispositifs de professionnalisation afin d’accompagner à la fois les compositeurs, les réalisateurs et les scénaristes. Nous avons tout d’abord une résidence de composition musicale pour l’image soutenue par la SACEM, qui permet chaque année à une dizaine de compositeurs de moins de 35 ans d’accéder à une formation intensive de dix jours avec un compositeur de musique reconnu. Cette résidence donne lieu à la création d’un ciné-concert présenté pendant le festival, mais aussi potentiellement en dehors du festival, dans le cadre d’une tournée dans d’autres salles. Cette année, par exemple, le compositeur invité est Jérôme Rebotier, qui a composé la musique des films Le Comte de Monte-Cristo et Le Prénom de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière. Nous avons également une autre résidence de composition musicale, sur dix jours également, qui permet à de jeunes étudiants européens d’accéder à une formation, en grande complicité avec la SATIS, l’École supérieure publique de cinéma. Chaque année, les compositeurs sélectionnés sont différents. Cette résidence donne lieu à un travail sur une masterclass qui se conclut par un concert croisé.

Par ailleurs, nous avons plusieurs dispositifs :

Un dispositif de soutien à la création, SiRAR (Le Site régional d’aide à la réalisation), qui propose deux bourses : une aide à la réalisation d’un premier court métrage, et une aide à la création de musique de film, financée en grande partie par la SATIS, par l’association Laser, et également par la Région Sud.

Nous avons ensuite l’Espace Kiosque, un dispositif qui met en relation des scénaristes avec des producteurs. Entre 20 et 25 projets sont sélectionnés chaque année. Les scénaristes rencontrent des producteurs dans un cadre non spéculatif : l’objectif est avant tout pédagogique. Les producteurs prennent le temps d’échanger avec les auteurs, de leur donner des conseils et de les accompagner dans le développement de leurs projets. Ce dispositif existe depuis plus de 20 ans et est devenu un espace incontournable pour les producteurs, qui y viennent désormais chercher de nouveaux auteurs. Aujourd’hui, environ 25 à 30 % des films présentés finissent par être produits.

Enfin, nous avons le Marché international de la composition musicale pour l’image, un dispositif qui existe depuis plus de 15 ans. À l’origine dédié au court métrage français, européen et international, il a beaucoup évolué. Cette année, le marché permet à 63 projets (courts métrages, longs métrages ou séries, français et internationaux) de venir rencontrer des compositeurs à qui ils pourraient confier la musique de leurs films sur deux jours consécutifs. Environ 300 professionnels participent à ce marché. Il faut savoir que près de 80 % des producteurs et réalisateurs repartent avec un compositeur à l’issue du marché. Ce dispositif est unique au monde. Il a été créé ici, et son succès est tel qu’il est désormais exporté dans d’autres pays, notamment en Belgique, au Portugal et au Canada.

De nombreux festivals, notamment des festivals de musique qui ne disposent pas de réseau professionnel structuré, font aujourd’hui appel à nous pour mettre en place ce type de dispositif. Nous avons plus de 25 ans d’expérience, un répertoire solide et une connaissance fine des compétences, ce qui permet d’aller beaucoup plus vite et d’être efficaces.

L’affiche de l’édition 2026

Comment se déroule le processus de sélection des films, et quelles qualités recherchez-vous en priorité ?

Nous travaillons principalement sur des premiers, deuxièmes et troisièmes films, avec une musique originale, ce qui constitue déjà un premier critère de sélection. Évidemment, les premiers films comportent parfois certaines fragilités. Certains sont plus fragiles que d’autres, c’est inévitable. Mais l’ADN du festival est avant tout de rester accessible à tous les publics et de favoriser le croisement des publics. Nous ne faisons donc pas une sélection élitiste. Nous cherchons au contraire une sélection hétérogène, tout en conservant une forte exigence en termes de qualité, de singularité, d’écriture et de création. Ce sont des films exigeants, mais que nous avons envie de partager avec l’ensemble des publics.
Notre objectif est aussi de susciter la curiosité des spectateurs et de leur faire découvrir un cinéma qu’ils n’ont pas forcément l’habitude de voir. Cela se vérifie notamment dans les compétitions. Au fil des années, le public s’est approprié ces sélections. Aujourd’hui, les salles sont pleines parce que le public nous fait confiance et connaît nos choix. Il y a donc cette exigence artistique, cette attention portée à l’écriture, à la relation entre la musique et l’image, à la manière dont cette relation a été travaillée entre compositeur et réalisateur. Mais il y a aussi une acceptation de films plus fragiles, dès lors qu’il y a une énergie, un propos, une envie de partage avec le public.

Y a-t-il un coup de cœur que vous souhaiteriez particulièrement mettre en avant cette année ?

Honnêtement, au vu de ce qui se passe actuellement dans le monde, je citerais peut-être Un monde merveilleux et fragile de Cyril Aris et composé par Anthony Sahyoun. Il y a aussi le documentaire de Thomas Ellis, Tout va bien, qui est un film très important. C’est toujours compliqué de parler de coups de cœur, mais ceux-là résonnent particulièrement avec l’actualité.

Quel rôle Marseille joue-t-elle dans l’ancrage et l’évolution du festival ?

Depuis son installation à Marseille, le festival a pris une toute autre ampleur : il se déploie, il rayonne. La ville nous a accueillis et nous offre un potentiel remarquable en termes d’infrastructures, de publics, d’échanges et d’évolution. Nous avons perdu une partie de notre public historique d’Aubagne, mais Marseille nous a immédiatement adoptés. Aujourd’hui, il serait impensable de ne pas poursuivre le développement du festival ici, non pas pour des raisons de carrière, mais tout simplement parce qu’être à Marseille est une chance inouïe pour continuer ce travail.

Que souhaitez-vous que le public retienne de cette édition ? 

Que la culture est essentielle.

Crédits photo top : Vivaldi et moi de Damiano Michieletto, présenté en ouverture du festival le lundi 30 mars – Diaphana Distribution
Crédits affiche : Martin Carrese

Entretien réalisé par Lola Antonini

Les Festivals de cinéma dans le Sud – En mars 2026 !

Festival Étudiant·es au cinéma

La Fête du court métrage

Festival Vrai de Vrai du 25 au 28 mars 2026

Festival Best of Doc #7

Cycle Répertoire : La Contestation d’un film à l’autre