À l’occasion de la 37e édition du FIDMarseille du 7 au 12 juillet 2026, Séances Spéciales s’est entretenu avec Cyril Neyrat, directeur artistique du festival.
Le FIDMarseille est un festival qui montre un cinéma souvent très libre dans sa forme. Concrètement, comment cela se ressent dans la programmation de cette année ?
Notre ambition est de défendre un cinéma qui se développe en dehors des modes de production dominants, mais aussi en dehors des formes esthétiques dominantes. Un cinéma innovant, qui prend des risques, qui expérimente avec le langage cinématographique, quel que soit le genre.
Cette année, cela se ressent dans l’ensemble des sections. Nous avons été frappés par l’invention de formes très singulières. C’est peut-être particulièrement visible dans la compétition Premier Film, qui est une section centrale pour nous, presque celle qui nous importe le plus. Programmer un premier long métrage, c’est faire des paris sur de jeunes cinéastes, souvent venus du court métrage, et découvrir des voix nouvelles du monde entier. Ce souci de singularité est constant d’une année sur l’autre. Nous défendons l’idée que le cinéma doit sans cesse se réinventer pour rester vivant, pour continuer à entretenir une relation intelligente et sensible avec le monde tel qu’il est.
Y a-t-il des pays particulièrement mis en avant cette année ?
Chaque année, nous essayons de composer un panorama équilibré entre les continents, sans quotas, mais avec une attention réelle à la diversité géographique. Il se trouve que certains pays apparaissent davantage selon les années. Cette année, l’Espagne est très présente. Ce n’est pas un hasard : le cinéma indépendant espagnol est aujourd’hui extrêmement dynamique. Il existe un tissu très vivant de production, de formation, de pensée critique, avec une passion forte pour le cinéma. Nous entretenons aussi des liens étroits avec des cinéastes, programmateurs et critiques espagnols.
Nous avons également des films provenant de pays rarement représentés. En compétition Premier Film, par exemple, un film indien et un film chinois, très éloignés des formes dominantes de leurs cinémas nationaux. Découvrir de telles œuvres est toujours une grande joie, d’autant plus qu’elles peinent souvent à circuler dans les circuits traditionnels.
Comment le FID accompagne-t-il des formes de cinéma qui ne trouvent pas toujours, si ce n’est pas du tout, leur place dans les circuits traditionnels de diffusion ?
La majorité des films que nous défendons n’auront pas de sortie commerciale en salles françaises, souvent considérés — à tort selon moi — comme « difficiles ». Cela tient beaucoup à la crise actuelle de la distribution. Nous faisons donc un travail actif de mise en relation entre producteurs et distributeurs. Un exemple récent est un film brésilien magnifique, Mato Seco em Chamas de Joana Piment et Adirley Queirós, sorti en France il y a quelques semaines : sans le travail du festival, il n’aurait probablement jamais trouvé de distributeur.
Par ailleurs, nous développons depuis plusieurs années un important travail de diffusion tout au long de l’année : reprises à Marseille, séances en région, reprises à Paris en septembre, et collaborations internationales. Le festival est un temps fort, une vitrine, mais notre travail de programmation se poursuit bien au-delà de la semaine du FID.

Popular Tradición de esta Tierra de Mariano Llinás, film en hors-compétition
Y a-t-il des films de la programmation que vous conseilleriez comme des « portes d’entrée » idéales pour découvrir le FID pour la première fois ?
Depuis deux ans, nous construisons un parcours spécifique intitulé « Programme Première fois », pensé pour les spectateurs et spectatrices qui ne connaissent pas encore le FID Marseille et qui pourraient se sentir intimidés par sa programmation.
Parmi les films en compétition internationale, je recommanderais tout particulièrement Todo es cárcel de Eloy Enciso Cachafeiro, un remarquable film espagnol qui revient sur les camps de concentration ouverts par Franco après la guerre civile. Il aborde ce pan longtemps occulté de l’histoire espagnole à travers une forme de fiction très singulière, éloignée du documentaire mémoriel classique, tout en restant extrêmement accessible. C’est un film à la fois ambitieux et facile d’accès.
La rétrospective consacrée à Rabah Ameur-Zaïmeche constitue également une excellente porte d’entrée : un cinéma politiquement engagé, généreux, et narrativement ouvert.
En compétition française, je citerais d’abord Chicken Soup de Caroline Milcent, un premier long métrage de fiction très ouvert et accessible. Le film suit une jeune Française partie comme fille au pair à New York qui, sans s’en rendre compte, dépasse la durée de son visa et se retrouve prise dans l’engrenage du système administratif américain. Je recommanderais aussi Si tout le monde part, de Justine Harbonnier, un documentaire très émouvant consacré à sa mère, enseignante et référente handicap. À travers ce portrait intime, le film interroge plus largement la crise du service public de l’éducation. C’est à la fois un hommage sensible à une enseignante profondément engagée et un film à charge sur l’état du service public français.
Un coup de cœur ou un temps fort à partager ?
Nous consacrons un focus intégral à l’œuvre d’un duo d’artistes portugais, Mariana Caló et Francisco Queimadela. Dans les salles du festival, il y aura une rétrospective intégrale de leurs films ; et une exposition associant installations filmiques et œuvres plastiques dans les espaces de la galerie sissi club. C’est la première fois que leur travail est montré de manière aussi complète hors du Portugal. Leur cinéma navigue librement entre film, arts plastiques, peinture, sculpture et installation. Un univers très joueur, coloré, sensuel, qui interroge le rapport à la nature, aux objets, aux mythes.
Je citerais aussi, hors compétition, Popular Tradición de esta Tierra, un nouveau bijou de Mariano Llinás, grand cinéaste argentin, ainsi qu’un film espagnol remarquable que j’aime énormément, Bleda y Rosa. Un lloc, una imatge de Xavier Crespo. Ce sont des œuvres qui incarnent pleinement l’esprit du FID : liberté formelle, invention, et joie de cinéma.
Les films au FIDMarseille soutenus par la Région Sud :
Un corps à soi de Marine RelingerAlea Jacarandas de Hassen FerhaniLe Gang des bois du temple et Terminal Sud de Rabah Ameur-Zaïmeche
Studio Baumettes et Boyuna réalisés par Lieux fictifs
Entretien réalisé par Lola Antonini