Entretien avec Lola Contal, membre de l’équipe du festival La Première Fois à Marseille

Pour la 11e année, le festival La Première Fois emmène les spectateurs à la découverte de la jeune garde du cinéma documentaire.
Cette année encore, ce sont 15 premiers films que le festival propose dans les salles marseillaises (Les Variétés, La Baleine, le Vidéodrome 2…) ainsi que de nombreux temps forts. Le festival sera aussi l’occasion de plonger dans la filmographie d’Alessandra Celesia, cinéaste italienne, invitée d’honneur de cette 11e édition.
A une semaine du festival, nous avons rencontré Lola, membre de l’équipe entièrement bénévole qui organise le festival, pour qu’elle nous en dise plus.
─ Le festival La Première fois en est à sa 11e édition. Peux-tu revenir sur la genèse du festival ?

Le festival a été créé il y a une dizaine d’années par un groupe d’étudiants du master Métiers du film documentaire à Aix-Marseille Université (alors à Aix, aujourd’hui à Marseille) qui ont décidé de monter une programmation pour montrer leurs films de fin d’étude. Face à l’absence d’espaces de diffusion de premiers films documentaires de création, ils ont décidé de prolonger l’expérience en ouvrant le festival à d’autres premiers films. Aujourd’hui, après plus de dix ans d’existence, le festival a pris de l’ampleur et a changé d’endroit en s’installant progressivement à Marseille où il a su se faire une place.

─ L’équipe qui travaille à l’organisation du festival a-t-elle évolué elle aussi ?

Chaque membre est bénévole et doit jongler avec des obligations professionnelles, donc l’équipe évolue chaque année, ce qui assure une vraie dynamique. Depuis 3 éditions, nous sommes un noyau dur de 5-6 personnes auquel l’ancienne équipe a passé le relais après 7 à 8 éditions, craignant de ne plus avoir la fraicheur nécessaire pour porter un regard sur des premiers films.

─ Pourquoi vous semble-t-il important aujourd’hui de vous investir autour de ces premiers films documentaires de création ?

Toute l’énergie déployée pendant des mois nous permet de montrer des films à un public qui ne les verrait pas autrement. La réalité de la diffusion des films documentaires est encore plus précaire que celle des films traditionnels. La fragilité de ces premiers films documentaires est donc compensée par l’aspect événementiel qui fait l’essence d’un festival : la profusion des rencontres, la mobilisation des bénévoles etc. Cela crée une solidarité autour de ces films et peut gommer l’appréhension du jugement des spectateurs sur des films « fragiles », difficiles à programmer autrement.

─ Comment vous organisez-vous collectivement pour construire la programmation ?

Nous recevons environ 300 films, 350 cette année. Une dizaine de pré-sélectionneurs nous aide pour réduire à un corpus de 50, notamment en éliminant les films hors-critères – formatés TV, films de vacances… A partir de là, nous choisissons une quinzaine de films.

La notion de « premier film documentaire de création » couvre de nombreuses réalités. Nous cherchons à respecter un éclectisme des moyens de productions (film d’études, film réalisé après les études, produit, auto-produit…) ainsi que des formats (courts-métrages, longs, voire très longs…).

Nous sélectionnons principalement des films produits dans les 2 dernières années. Nous ne choisissons pas une thématique particulière, mais la programmation est le reflet des subjectivités assumées d’un groupe de 5 personnes. Nous n’avons pas de règles mais simplement des points sur lesquels nous restons attentifs : la diversité des moyens de production, la carrière des films dans les festivals précédents le nôtre, le respect d’un équilibre paritaire femme-homme. Nous essayons également de percevoir les sujets du moment ainsi que l’évolution des formes, de questionner la manière dont les enseignements universitaires peuvent formater les futurs cinéastes.

─ A côté de cette programmation, vous proposez chaque année quelques films extraits de la filmographie d’un.e invité.e d’honneur (Jean-Gabriel Périot, Mehran Tamadon, Claire Simon…) ? Qui avez-vous invité cette année ?

Chaque année, nous recevons en effet un invité d’honneur, ce qui nous permet de choisir une filmographie qui ajoute une couleur à l’édition en cours. Au départ, c’était un moyen de compenser le manque de notoriété logique des premiers films documentaires. Mais aujourd’hui, le festival ayant gagné sa propre notoriété, nous cherchons surtout un équilibre entre un cinéaste avec une filmographie construite, une personnalité généreuse pour échanger, et surtout une personne en mouvement qui continue à faire des films, afin de ne pas verser dans l’hommage.

Pour cette 11e édition, nous recevons Alessandra Celesia. C’est une réalisatrice italienne active depuis une quinzaine d’années, venue au cinéma de manière autodidacte après des débuts dans le théâtre. Cela se ressent dans sa mise en scène qui laisse une grande place au réel et à l’improvisation. Elle tisse des liens très forts avec ses personnages en passant beaucoup de temps avec eux. Ses films sont engagés de cette manière, non pas autour d’un simple sujet, mais par cette proximité qu’elle créé avec des communautés de personnages qu’elle a pu créer en travaillant à Naples, à Belfast ou encore à Paris, et ce qu’elle en montre. Elle est allée très loin dans la mise en scène, notamment dans Mirage à l’italienne, où certaines scènes reconstituées devant la caméra posent des questions éthiques.

─ A côté des projections et de la masterclass de l’invitée d’honneur, vous avez également des moments particuliers. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

Cette année, nous avons ouvert une séance appelée « La 2e fois ». Cela répond à notre frustration de ne pouvoir suivre les cinéastes passés par le festival, alors que souvent le 2e film est un exercice plus délicat que le premier. Nous avons donc lancé un appel à films parmi les cinéastes des précédentes éditions et projetterons 2 courts-métrages dans ce cadre.

Ce sera également la 7e édition de Premier Jet. Il s’agit d’une journée au sein du festival durant laquelle nous travaillons avec des professionnels autour de deux projets sélectionnés via un appel afin d’aider les auteurs à pointer les éléments importants de leurs films et de réfléchir ensemble. Cela force les auteurs à écrire et peut provoquer des rencontres susceptibles de faire avancer leurs projets.

─ L’édition passée a été votre première à Marseille ? Peux-tu revenir pour nous sur des instants marquants de cette édition ?

L’édition de l’année passée était à la fois celle de nos 10 ans et notre première fois à Marseille exclusivement, dans un contexte chargé avec les événements de la rue d’Aubagne et de la lutte de la Plaine. Nous avons donc voulu résonner avec cette actualité en créant une installation et des avant-séances avec les témoignages recueillies par l’AARSE (Associations des Auteurs Réalisateurs du Sud-Est de la France) autour de la rue d’Aubagne (témoignages à écouter ici) et des séances d’écoute du collectif Copie Carbone de captations sonores et témoignages des événements de La Plaine.

─ Quelle importance accordes-tu au visionnage des films en salle ?

L’expérience de la salle, c’est ma manière de voir les films, hormis pour le travail bien sûr. La salle est un espace-temps en dehors de ton quotidien, où tu es en disponibilité totale. Et j’ajouterai même en salle durant un festival. C’est encore plus fort car les films résonnent les uns avec les autres au fil des séances et prennent une ampleur encore plus grande.

─ Pour conclure, peux-tu évoquer ton premier souvenir dans une salle de cinéma ?

Mon premier souvenir de cinéma, c’est Les 101 Dalmatiens au cinéma Le Bourguet à Forcalquier, dans une salle que je me rappelle vide, avec juste ma famille. Un souvenir forcément génial.

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Retrouvez le programme du festival ici

Entretien réalisé par Sylvain Bianchi.

L'équipe du festival avec Mehran Tamadon (au centre), invité d'honneur de l'édition 2019
Mirage à l'italienne, Alessandra Celesia, 2013, Zeugma Films / A voir lors de cette 11e édition
La Voie normale, Erige Sehiri, Akka Films / A voir lors de cette 11e édition

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