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Festival Numéro Zéro du 28 avril au 3 mai – Entretien avec Marion Coste, chargée de production

Actus

Publié le : Lundi 20 avril 2026

Du 28 avril au 3 mai 2026, le festival Numéro Zéro investira Forcalquier et Pierrerue dans les Alpes-de-Haute-Provence. À cette occasion, Séances Spéciales a échangé avec Marion Coste, chargée de production de l’événement.

Numéro Zéro se présente comme une manifestation autour du cinéma et de la création radiophonique, sans compétition ni thème imposé. Pouvez-vous expliquer ce choix ?

À l’origine, notre structure organisait des festivals et des projections itinérantes dans des villages, toujours autour du cinéma, et plus particulièrement du cinéma documentaire. Lorsque nous avons décidé de créer Numéro Zéro, il y a neuf ans, nous avons très vite eu envie d’y adjoindre la création radiophonique. Cela correspondait à notre rapport au réel : à la fois par l’image, avec le cinéma, et par le son. Écouter la radio, travailler à partir du sonore, nous semblait être une forme de création particulièrement intéressante. Il y avait aussi la question de la dimension sonore du cinéma, qui n’est pas toujours mise en valeur. Nous avions envie de réfléchir davantage au son, à ce que le cinéma peut produire aussi de ce point de vue-là. Dès la première édition, en 2018, nous avons constaté que le public était très intéressé par cette proposition.
Au tout début, nous avions également intégré la photographie au festival. L’idée était toujours cette relation au réel à travers différentes formes artistiques. Mais au bout de la troisième année, nous avons décidé d’arrêter la photographie : nous ne nous sentions pas assez pertinents, pas assez investis dans ce champ-là, notamment par manque de temps. En revanche, dès la première affiche, nous avions choisi d’utiliser des images de photographes, plutôt que des images de films. C’est un détail, mais qui dit quelque chose de notre démarche. Très vite, nous avons vu que le croisement entre cinéma et son fonctionnait : cela intéressait le public, mais aussi les professionnels, les réalisateurs et réalisatrices. À l’époque, il n’existait pas vraiment de festival qui croise ces deux champs. Nous nous sommes donc dit : allons-y !

Concernant l’absence de compétition, c’est un choix très clair pour nous : la compétition ne nous intéresse pas. Nous n’avons pas envie de hiérarchiser les films ni de dire qu’un film serait « meilleur » qu’un autre. Numéro Zéro est né d’une envie de montrer des œuvres que nous aimions et que nous avions envie de partager, notamment sur un territoire rural. À l’époque, il n’y avait pas encore le streaming tel qu’on le connaît aujourd’hui. Il y a vingt ans, même avec Internet, ce n’était pas si simple d’accéder aux films. Il y avait donc une véritable envie de partager, localement, des œuvres que l’on ne pouvait pas voir au cinéma ou à la télévision. Notre moteur a toujours été le désir : c’est encore comme cela que nous fonctionnons dans notre programmation. Nous allons chercher des œuvres qui nous plaisent, que nous avons envie de montrer, qu’elles soient récentes ou plus anciennes. Organiser une compétition implique beaucoup de contraintes, et nous avons préféré nous en passer. Bien sûr, cela peut être important ailleurs mais chez nous, l’absence de compétition crée une atmosphère beaucoup plus détendue. Le festival est vraiment centré sur la rencontre et la discussion. Les invités apprécient cette dimension très conviviale et chaleureuse, cette proximité avec le public.

Justement, cette idée de rencontre et d’ambiance de proximité se retrouve aussi dans les lieux de projection. Vous organisez des séances dans des cafés, des restaurants, des lieux qui n’ont pas l’habitude d’accueillir du cinéma. Qu’est-ce que cela change dans la relation au public ?

Le fait de ne pas être dans un lieu « sacralisé » comme une salle de cinéma change beaucoup de choses. Les gens prennent plus facilement la parole, osent davantage s’exprimer. Il y a souvent une plus grande proximité physique, parfois moins de monde, ce qui crée un rapport plus simple et plus direct. Je me souviens d’une projection lors de la première édition de Numéro Zéro, dans un petit village. La réalisatrice était présente. La séance avait lieu dans une toute petite salle ; nous étions peut-être 50 ou 60 personnes. Elle nous a dit que c’était l’une des projections les plus marquantes de son film, alors que celui-ci avait pourtant tourné dans le monde entier. Cette proximité très forte l’avait profondément touchée. C’est cela que ces lieux peuvent créer.

Concernant la création radiophonique, c’est une forme artistique peu habituelle dans les festivals. Comment faites-vous pour la faire découvrir au public et susciter l’envie ?

En effet, ce n’est pas une forme évidente pour tout le monde. Écouter, sans image, ce n’est pas une démarche spontanée pour tous. Mais c’est un peu la même chose que pour le cinéma : voir un film chez soi n’est pas la même expérience que de le voir en salle, collectivement. Cette dimension collective est fondamentale, et elle devient de plus en plus rare aujourd’hui, alors qu’elle est essentielle pour faire monde. Il est vrai que les séances de création radiophonique attirent parfois un peu moins de public, mais année après année, les gens découvrent, reviennent s’ils ont apprécié. Chaque édition de Numéro Zéro propose aussi des ateliers de pratique, aussi bien en cinéma qu’en radio. Pour nous, c’est un moyen important de susciter l’intérêt : découvrir une discipline en la pratiquant.
Cette année, par exemple, dans un village, nous allons organiser des séances d’écoute directement chez des habitants. Cela permet d’accueillir des œuvres dans des espaces très intimes, pour 15 ou 20 personnes. Deux œuvres seront proposées, dont une sur la santé mentale. Ces petits formats favorisent la discussion, dans des lieux où les gens se sentent en sécurité. Le format festival joue aussi un rôle : sur plusieurs jours, dans une énergie collective, les spectateurs prennent plus facilement le risque d’aller découvrir une séance d’écoute, alors qu’ils ne l’auraient peut-être pas fait isolément. Nous le vivons nous-mêmes en tant que festivaliers ailleurs.

Vous avez aussi mis en place une résidence de création radiophonique.

Oui, depuis 2020, nous accueillons chaque année un ou une artiste en résidence de création radiophonique pendant quatre semaines sur le territoire. C’était une volonté forte : d’une part, parce que ce type de résidence est encore assez rare en France, et d’autre part, pour inscrire durablement la création sonore sur le territoire. Le fait qu’un artiste passe du temps ici permet aux habitants de se familiariser avec ces formes, de voir revenir chaque année de nouvelles propositions. Petit à petit, un lien se crée, et de plus en plus d’œuvres sonores émergent à partir du territoire, sur des thématiques et avec des formes très diverses. Nous demandons aussi aux artistes d’animer au moins un atelier, souvent en milieu scolaire. Ainsi, les élèves accueillent régulièrement des artistes, découvrent leur travail. Peu à peu, une habitude se crée chez les spectateurs et les habitants du territoire.

Justement, ce territoire semble central pour le festival. Comment travaillez-vous pour que Numéro Zéro fasse pleinement partie de la vie locale ?

De manière très concrète, une cinquantaine de bénévoles nous aident pendant le festival. Certains sont en salle, d’autres accueillent et hébergent les invités : tous les réalisateurs et artistes sont logés chez les habitants. Cela crée immédiatement des rencontres très fortes. Pour les habitants, ce n’est pas seulement être spectateur, c’est vivre le festival de l’intérieur. De notre côté, sans cette aide, le festival ne pourrait pas exister. C’est un véritable aller-retour. Grâce à cela, Numéro Zéro est très identifié localement : les gens le connaissent, l’aiment, en parlent.
Au-delà du festival, nous sommes actifs toute l’année : ateliers, projections, partenariats avec d’autres structures locales. Nous travaillons autant avec des individus qu’avec des associations et institutions du territoire. C’est un travail de longue haleine, inscrit dans le temps.

Cette année, vous vous associez à Tënk, la plateforme du cinéma documentaire.

Tënk accueille depuis plusieurs années un programme porté par Federico Rossin, un programmateur italien vivant en France, passionné de cinéma. Il intervient dans de nombreux festivals en Europe, et travaille aussi avec l’association Peuple et Culture. Il propose des programmations très riches, souvent composées de films rares ou peu vus. Cela fait plusieurs années qu’il vient à Numéro Zéro. L’an dernier, il avait proposé une ciné-conférence sur le fascisme : « Ce que le cinéma fait au fascisme ». En développant ce travail, il en est venu à cette idée que le fascisme n’est pas seulement extérieur, mais qu’il existe aussi en nous, dans certains réflexes. Pour comprendre ces phénomènes, il faut aussi interroger ce que nous portons en nous. Dans la programmation qu’il propose avec Tënk, il y a notamment un film que nous souhaitions programmer à Numéro Zéro depuis très longtemps : Sud de Chantal Akerman. L’occasion s’est présentée de construire ce partenariat autour de cette « escale », et cela s’est fait assez naturellement.

Pour terminer, auriez-vous un coup de cœur à partager ?

C’est une question difficile, car tout est très différent… On peut parler d’une proposition nouvelle cette année : une artiste va construire un orgue éolien à partir de cannes de Provence. Elle y fait des entailles, et lorsque le vent s’y engouffre, les cannes sifflent et résonnent différemment selon leur taille. Elle a déjà préparé de nombreuses cannes, animé des ateliers, et en proposera encore pendant le festival. Ensuite, un groupe partira sur la montagne de Lure pour faire résonner cet orgue éolien dans le paysage. C’est une proposition très poétique.
Du côté du cinéma, je pense aussi à une séance que nous organisons chaque année avec les lycéens de la spécialité cinéma du lycée de Digne. Ils passent une journée entière au festival, et nous leur proposons une séance de films de fin d’études d’étudiants en master. L’idée est de montrer que l’on peut faire du cinéma jeune, avec peu de moyens. Les étudiants viennent échanger avec eux, raconter leur parcours. C’est une séance très importante pour nous.
Cette année, le jeudi matin, deux films de fin d’études des étudiant·es du Master professionnel écritures documentaires de l’Université d’Aix-Marseille seront projetés, dont celui d’Olivia Sarr Desrosiers qui est en stage avec nous.
Par ailleurs, le samedi soir, un film sur un squat queer à Toulouse sera projeté : la fête y est très présente, et l’un des personnages est DJ. C’est lui qui viendra faire la soirée après la projection. Cette continuité entre le film et la fête prolonge l’expérience et crée une vraie immersion dans le réel.
Enfin, il y aura aussi des ateliers : un atelier pellicule proposé par Amélie Masciotta, de l’association Il était un Truc… puis un atelier d’animation en papier découpé animé par des étudiants. Ces ateliers permettent aussi aux parents de laisser leurs enfants et d’aller voir des films. Tout cela participe à l’esprit très vivant et partagé du festival.

Copyright photo George Butler – Barbara Kopple à la prise de son sur le tournage du film Winter Soldier

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