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FID 2022 : voyage dans le cinéma contemporain

Entretien avec...

Publié le : Mardi 28 juin 2022

Du 5 au 11 juillet se tiendra à Marseille la 33e édition du FID ! Une édition sous le signe du changement puisque le festival innove en optant cette année pour une gouvernance collégiale suite au départ de son directeur historique. L’équipe nous présente une programmation qui s’annonce passionnante, entre les compétitions traditionnelles – internationale, française, premier – et les temps forts dédiés notamment à Mathieu Amalric ou encore Albert Serra. Nous avons discuté avec Cyril Neyrat, membre de l’équipe de programmation, pour un voyage à la découverte du FID version 2022.

Crédits photo : La Manufacture
_ Partons de l’affiche du festival, qui nous suggère cette année un changement symbolique, avec ce nom entre FID et FIC ?

Une nouvelle période de la vie du FID s’ouvre et nous avons souhaité en profiter pour clarifier une incertitude liée au nom historique du FID : Festival International du Documentaire. Le festival s’est ouvert à la fiction depuis une dizaine d’années et FID se traduit depuis lors par Festival International de Cinéma. Nous avons donc demandé à un graphiste de travailler à rendre le logo conforme à cette véritable identité, ce qu’il a fait en inventant une lettre, à la fois un D et un C, ouvrant le FID vers une réalité plus large, généraliste.

─ Après le départ de son directeur historique, le FID a choisi d’opter pour une forme de gouvernance collective. Pouvez-vous revenir sur ce choix ?

Le festival reste fidèle à ce qui a été construit par Jean-Pierre Rehm et son équipe pendant vingt ans. Le conseil d’administration a décidé de miser sur un fonctionnement plus collégial, plus horizontal, en confiant le festival à l’équipe. Imaginer de nouvelles formes de gouvernance est un pari dans l’air du temps. Cela a été possible car Jean-Pierre a formé une équipe forte, solidaire, compétente, capable de porter avec passion le festival.

Comment s’est déroulé le travail de programmation dans ce contexte ?

Il s’est finalement déroulé de manière assez peu différente des autres éditions, si ce n’est que nous lui avons donné une forme collégiale. Pour les programmations périphériques et les séances spéciales, le travail était réparti entre nous. C’est un pari pour cette année mais c’est ce que l’on veut ériger en modèle pour l’avenir du FID. Ce n’est pas une solution transitoire.

Plongeons donc dans cette édition, en commençant par la Compétition Internationale, qui rassemble quatorze films, dont treize en première mondiale ?

Comme toujours, la Compétition Internationale balaie un large spectre de formes cinématographiques. D’un côté du spectre, on a le film de Marine Hugonnier, Dispatch from Przemyśl, réalisé en mars dernier. Un film d’intervention politique de trente-cinq minutes pour lequel elle est partie avec sa caméra 16mm à la frontière de la Pologne et de l’Ukraine filmer ce qui se joue là-bas, entre les réfugiés et l’aide humanitaire. De l’autre côté du spectre, on a The Unstable Object II de Daniel Eisenberg, grand cinéaste américain, qui réalise une fresque de 3h30 sur les conditions de travail contemporaines, réfléchissant à comment la main humaine s’accorde aux machines.

Entre ces deux films, il y a des choses très diverses, comme la présence de Lav Diaz, cinéaste parmi les plus primés. Président du jury de l’édition 2021, il nous avait promis son prochain film et nous livre donc A Tale of Filipino Violence, long-métrage de 7h sur les Philippines à l’époque de la loi martiale de Marcos. Nous avons aussi Marwa Arsanios, cinéaste libanaise installée en Allemagne, qui poursuit son travail d’étude de situations politiques très ancrées. Dans Who is afraid of ideology – Part IV- Reverse Shot, elle mène une réflexion anarchiste : comment libérer un fragment de terre au Liban de la propriété ? On accueille aussi un film japonais, Garden Sandbox de Yukinori Kurokawa, une fiction assez fantaisiste qui montre la puissance du cinéma et sa capacité à cartographier un endroit, dans ce cas une ville de la banlieue de Tokyo. À l’opposé du contemporain, on a aussi un film d’époque, La Vie des hommes infâmes de Gilles Deroo & Marianne Pistone, inspiré d’un texte de Michel Foucault, qui s’intéresse dans la France de l’Ancien Régime aux traces laissées dans les registres judiciaires par des vies un peu marginales. À partir de quelques phrases archivées, le film essaye d’inventer le reste de ces vies.

De la même manière, la Compétition Française présente onze films, qui composent un vaste territoire des formes cinématographiques.
Oui, une polarité de cette sélection peut être celle du documentaire, dans son acception la plus noble, avec le film de Marie Voignier Moi aussi j’aime la politique, sur l’accueil de migrants dans la Vallée de la Roya. Le film se détache de l’actualité pour penser ce qu’est l’accueil, la solidarité, ce que sont ces vies accueillantes et accueillies. À l’autre extrême, on a X14, second film de la photographe Delphine Kreuter, fiction punk qui dépeint la vie d’une jeune femme qui attend sa greffe du cœur dans un appartement de banlieue parisienne avec un chat et un robot domestique. Entre ces pôles, on a aussi des films qui proviennent de pratiques extérieures au cinéma, comme Enjoy the Weather de la chorégraphe portugaise Teresa Silva, qui adapte ici une performance chorégraphique produite en résidence à Montevideo Marseille.
Un des plaisirs du travail de sélection est également de voir apparaitre des films qui semblent venir de nulle part et s’imposent avec une évidence indiscutable. C’est singulièrement le cas de Signal GPS Perdu de Pierre Volland, produit en Belgique et tourné dans le Jura. Il invente une forme poétique en articulant des paysages du Jura filmés en Super 8 noir et blanc, la récitation en ancien français d’un épisode du Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes et les échanges d’une application de drague homosexuelle que le cinéaste a inventée pour l’occasion. Le film mêle ainsi le langage des applis de drague, l’amour courtois médiéval et le motif du pistage animal à travers les paysages du Jura.
En parlant d’apparition, le FID continue d’être un défricheur grâce à sa Compétition Premier, qui fait la part belle à la jeune création internationale ?

La Compétition Premier a toujours été au cœur du FID, festival attentif à l’émergence de nouvelles formes, d’écritures singulières, de nouveaux talents. Cette année, nous avons pu étoffer la compétition en lui attribuant un jury exclusif, qui auparavant décernait également un autre prix pendant le festival. On a donc dix premiers longs-métrages qui couvrent un large spectre géographique : du Mozambique au Canada, en passant par la Corée du Sud et la Chine avec le film Person, fresque politique sur une histoire des relations entre Taiwan et la Chine, sur la lutte entre les groupements de gauche et le pouvoir central.

Nous sommes fiers d’avoir des films en provenance de cinématographies rares comme la Serbie avec Kristina, portrait d’une transsexuelle travailleuse du sexe, qui met en tableau sa propre vie, dans une forme très élaborée, très plastique. Nous nous réjouissons aussi d’avoir une œuvre de jeunes étudiants de la Cinéfabrique à Lyon, Mourir à Ibiza, réalisé avec très peu de moyens sur trois étés de suite à Ibiza. Le film est une fiction accomplie, très mature, dont le récit épouse sa production.

Le festival propose également des temps forts, en partant du cinéaste catalan Albert Serra, dont le dernier film Pacifiction – Tourment sur les îles a brillé lors du dernier Festival de Cannes ?

C’était indéniablement un des plus beaux films du festival. Il sera programmé en Séance spéciale Région, puisque le film a été soutenu par la Région Sud, monté et postproduit à Marseille. Il nous a semblé opportun de jeter un regard rétrospectif sur le travail de cet immense cinéaste, un des plus libres et audacieux de sa génération. À travers sept œuvres, on retrace un chemin depuis son premier film Honor de Cavaleria jusqu’à son dernier film, qui est l’accomplissement provisoire de son cinéma. On montre aussi deux pièces très rares, des films réalisés dans un contexte d’installation, jamais montrées en France. Ses œuvres seront montrées en salles de cinéma, en lien avec l’ambition d’Albert de brouiller les cartes entre les arts.

De la même manière, vous proposez d’explorer l’œuvre et la cinéphilie de Mathieu Amalric, auquel vous prêtez une tendre folie ?
En effet, il y a quelque chose de la douce folie dans sa manière de vivre plusieurs vies, à la fois acteur, cinéaste, avec intensité, passion et rigueur. Mathieu est un ami du festival et nous l’avons invité à nous accompagner sur cette édition, sous la forme d’un programme conçu ensemble autour de ses deux plus récents long-métrages : Zorn III – troisième volet de son travail documentaire sur ce musicien jazz expérimental new-yorkais – et Maitres Anciens – performance théâtrale à partir du texte de Thomas Bernhard tournée dans un théâtre pendant le Covid. Autour de ses deux films, on a proposé à Mathieu de composer un programme qui lui ressemble, un bouquet qui va de Jerry Lewis à Otar Iosseliani. Dans sa générosité, il nous a également proposé de concevoir une performance inédite, un seul en scène qu’il va donner à partir de son chantier qu’il mène depuis des années, à savoir l’adaptation de l’Homme sans qualité de Robert Musil en une série télé de 52 fois 26 minutes.
En tant que festival international attentif au monde, vous consacrez également une partie de la programmation au cinéma ukrainien ? 

Il nous a paru évident de marquer une solidarité avec la création cinématographique ukrainienne. Nous avons voulu le faire d’une manière qui nous ressemble, en orientant ce programme vers la jeune création ukrainienne, avec quinze films courts réalisés par des cinéastes et artistes contemporains. Tous racontent une réalité contemporaine de l’Ukraine, en témoignant bien sûr de la guerre à diverses intensités mais aussi de l’état du pays, de la société.

En complément à ce programme, nous présentons Mariupolis 2 du cinéaste lituanien Mantas Kvedaravičius. Il avait réalisé en 2015 un premier film à Marioupol et y est retourné dès le début de la guerre auprès des gens qu’il avait filmés. Il a ainsi accumulé une matière de cinéma direct sur cette ville assiégée et la résistance d’un petit groupe de personnes. Le cinéaste s’est fait capturer et a été assassiné par l’armée russe le 2 avril dernier. Sa compagne, sa monteuse Dounia Sichov et ses producteurs ont décidé de montrer ce qu’il avait tourné et de finir le film qu’il n’a pas pu faire. Dounia sera à Marseille pour l’occasion puisqu’elle nous fait également l’honneur d’être présidente du Jury de la Compétition française.

La programmation complète du festival est à découvrir ici !

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Entretien réalisé par Sylvain Bianchi.

Crédits photos : Affiche FID 2022 / Dispatch from Przemyśl – Marine Hugonnier, Anna Lena Films, East Beast, Nowhere Films / Kristina – Balkan Film Market / Honor de cavallería – D.R.

Crédits photo top : A Woman Escapes – D.R

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