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« Les Magnétiques » : rencontre avec le réalisateur Vincent Maël Cardona

Entretien avec...

Publié le : Mercredi 24 novembre 2021

Premier film de Vincent Maël Cardona, Les Magnétiques nous transporte dans les années 1980, à travers les yeux de Philippe (Thimotée Robart), passionné de radio, vivant dans une petite ville de la campagne, dans l’ombre de son grand frère Jérôme (Joseph Olivennes). Entre service militaire et premiers amours, Philippe cherche sa place dans un monde qui s’apprête à changer. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2021, le film a remporté le prix SACD de la Quinzaine.

 

─ Le film est une plongée dans les années 1980. De l’élection de François Mitterrand en ouverture, jusqu’aux radios libres, au service militaire, aux technologies pré-numérique. Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir sur cette époque, qui est celle de votre petite enfance si mes informations sont bonnes ?

Tout à fait, je suis né en 1980 donc quasiment au début du film. Ce qui m’intéressait, c’était de regarder ce monde dans lequel j’avais baigné enfant, mais qui n’est effectivement pas le monde de ma jeunesse. J’ai eu 20 ans en l’an 2000, donc j’ai vraiment le sentiment d’être de cette génération avec un pied dans le monde analogique, un pied dans le monde numérique, et de sentir ces deux pieds s’écarter de plus en plus. Le film est né de ce sentiment-là.

Le film a été écrit de manière chorale, avec cinq scénaristes en plus de vous. Pourquoi avoir choisi cette écriture à douze mains ? Quelle était la méthode de travail ?

J’avais un désir fort d’écriture collective. J’avais vraiment envie d’expérimenter ça. Cela se prêtait au projet, puisque l’idée était de demander à des scénaristes de ma génération de raconter l’histoire d’un groupe qui va progressivement se recentrer autour d’un personnage principal, celui de Philippe. J’avais également besoin par rapport à ce projet-là d’échanger aussi de manière un peu plus générale, affective…. Puis il y a aussi le plaisir, la joie de travailler à six autour d’une table ! Pour l’aspect méthodologique, on se partageait le travail, puis chacun revenait avec son bout de scénario. On lisait, on commentait puis on se répartissait à nouveau les segments, mais en échangeant nos parties. Cela a vite abouti à un texte assez homogène.

La radio a une grande place dans le film, notamment l’épopée des radios libres, cette possibilité de connexion, d’échappée par les ondes, rappelle les débuts d’Internet. Vous faites le lien entre ces deux époques ?

Oui, pour moi il y a une grande continuité. Le film se situe avant l’éruption numérique, mais il y a des signes avant-coureurs, notamment dans le personnage de Philippe, qui préfigurent ce qui va nous arriver : son rapport fusionnel à la technique, sa difficulté à communiquer. Les personnages ont aussi une vision de l’avenir semblable à aujourd’hui avec un avenir inquiétant, un peu l’envers de ce qu’on a construit avec l’idée de progrès des Trente Glorieuses. Je m’intéresse plutôt à la face B des années 80. Philippe porte tout ça en lui, en s’inscrivant dans le mouvement des jeunes gens modernes qui ont un autre rapport à la masculinité – encore un écho à aujourd’hui – avec des groupes absolument mythiques, à commencer par la figure d’Ian Curtis de Joy Division.

Les scènes de création sonore sont assez impressionnantes, construites comme des chorégraphies visuelles et auditives. Elles sont très fluides et le personnage de Philippe semble à chaque fois être dans son élément alors qu’il est très timide dans toutes les autres scènes. Comment avez-vous travaillé ces scènes ? Est-ce qu’elles sont réalistes d’un point de vue technique ?

Oui, c’est tout à fait possible de le faire ! Après, là où il y a du cinéma, c’est que tous les sons sont calés immédiatement, mais cette fluidité est bien sûr nécessaire pour le film.

Ces séquences sont importantes car elles illustrent comment Philippe parvient par le truchement de la technique à inventer un langage qui lui est propre, à exprimer ses émotions, à dire ce qu’il a sur le cœur. Chaque séquence est une étape qui jalonne le parcours de Philippe vers la prise de parole et la prise en main de son destin.

Si la radio prend une place certaine dans la narration, ce n’est pas le cœur du film, puisque le service militaire par exemple, ou la relation fraternelle, prennent aussi une large place. Comment avez-vous travaillé cet équilibre entre ces segments de récits ?

Ce n’est pas un film qui est habité par l’envie de documenter l’époque, ce n’est pas un film nostalgique. On aurait pu faire un film sur un groupe ou des icônes de l’époque, un film sur une radio pirate, sur Marquis de Sade, Oberkampf, Carte de Séjour ou sur un groupe punk parisien, bordelais ou lyonnais. Cela ferait des films formidables, mais ce n’était pas notre envie.

Le rapport à cette époque a été organisé autour de la fidélité à ma propre relation à ce monde révolu, aux souvenirs d’enfance. Le souvenir est une matière cinématographique très intéressante parce qu’il a une dimension très charnelle, très concrète, en même temps qu’il est reconstruit, fantasmé. Mais je voulais éviter à tout prix la nostalgie, qui me semble un mouvement un peu vain et qui pourtant est en train de monter actuellement, à l’image des mouvements réactionnaires.

Pour ma part, je pense qu’il faut assumer notre part de nostalgie, en repérant les trajectoires qui nous ont menés à des impasses pour en tirer des leçons et organiser les luttes de demain.

Vous parlez justement d’impasses, de pertes. Qu’est-ce qu’on a perdu des années 1980 ?

J’espère que le film en donne une idée, mais il me semble que ce qu’on a perdu avant tout, c’est un rapport à la simplicité, à la présence, à la matière. Dans Les Magnétiques, nous nous sommes efforcés de filmer le son, la rareté de la musique, la réalité des distances, l’éloignement. Aujourd’hui, la technologie nous augmente à bien des endroits, notamment grâce aux smartphones. On a tous une puissance de calcul incroyable dans la poche. Mais le prix à payer est fort, et je pense qu’on s’en rend bien compte.

Pour terminer, je voulais vous entendre sur le casting, qui me semble une force du film en tant qu’il nous permet de découvrir de nouvelles têtes, des acteurs que l’on a très peu, voire pas du tout vus ailleurs. Comment s’est passée la constitution de cette nouvelle bande d’interprètes ?

J’aime bien cette idée de nouvelle bande ! J’aimerais bien continuer à faire des films qui affirmeraient cette identité-là. Il y a vraiment une dimension casting de révélations dans ce film et je considère ça comme une grande chance. Parce que cela a été un gros travail avec la production, chaque personnage portait des enjeux spécifiques. Ce qui était délicat était qu’il fallait d’abord trouver Philippe, puis ensuite son frère et Marianne, et les trois devaient fonctionner ensemble, pour constituer notre petit triangle des Magnétiques.

Et après, ce que j’aime aussi dans ce casting, c’est que ce sont des visages qui sont à la fois des nouveaux visages, qui nous permettent de mieux accéder à ce monde imaginaire des années 80, mais chacun a également des similitudes physiques assez fortes avec des archétypes de comédiens et comédiennes qui rappellent un certain cinéma de cette époque.

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Entretien réalisé par Sylvain Bianchi.

Crédits photos top et article : Les Magnétiques de Vincent Maël Cardona © Celine Nieszawer, Paname Distribution

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