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Un triomphe : entretien avec Emmanuel Courcol

Entretien avec...

Publié le : Mercredi 1 septembre 2021

En salles ce mercredi 1er septembre, Un triomphe est l’adaptation en France d’une véritable histoire survenue en Suède, celle d’un comédien, incarné par Kad Merad, qui se retrouve à animer un atelier théâtre en prison. Atelier qui va devenir un pari fou : jouer avec les détenus En attendant Godot de Samuel Beckett sur la scène d’un vrai théâtre, en liberté. Nous avons discuté avec Emmanuel Courcol, qui signe ici sa deuxième réalisation, après une carrière d’acteur et de scénariste (notamment de Welcome de Philipe Lioret).
─ L’intrigue du film est inspirée d’un fait réel assez étonnant. Comment avez-vous découvert cette histoire ?

Il y a près de dix ans, mon producteur, Marc Bordure d’Agat Films, m’a donné un documentaire qui avait été réalisé sur cette histoire. Il avait pensé à moi car j’étais scénariste et avais un passé d’acteur de théâtre. Au début, j’ai pas mal tourné autour, j’ai pris du temps pour maturer le projet. Entre temps, j’ai réalisé mon premier long métrage, Cessez le feu, à la suite duquel je suis retourné le voir en lui disant que j’étais partant mais en tant qu’auteur-réalisateur, ce qu’il a accepté.

L’expérience de Cessez le feu (2016) vous a donc donné envie de poursuivre dans la réalisation après votre carrière de scénariste ?

Oui, c’est ça. D’autant plus que lorsque j’ai envisagé l’adaptation de l’histoire d’Un triomphe, je me suis aperçu que je me projetais vraiment en tant que réalisateur et pas seulement scénariste. Je me suis dit qu’il fallait créer des personnages, anticiper un casting, cela dépassait pour moi le travail de scénariste.

─ Finalement, qu’est-ce qui vous a décidé à adapter cette histoire ?

Ce n’était pas forcément la perspective de réaliser un film sur la culture en prison mais bien l’histoire que je trouvais en soi assez extraordinaire. Elle a une fin incroyable, très cinégénique. On voit tout de suite qu’il y a une mine de personnages à créer. Jan Jonson, le personnage central, qui devient Etienne dans le film, est un beau personnage à écrire.

─ Vous n’aviez pas de sources autres que le documentaire apporté par votre producteur ? A quel point avez-vous collé à la réalité ?

Si, j’en avais. Notamment grâce à Jan Jonson, le véritable professeur de théâtre, que j’ai rencontré plusieurs fois. Mais le film reste une adaptation libre. Je me suis inspiré de certains de ses traits de caractères mais le personnage d’Etienne n’est pas Jan Jonson. Il est plus âgé que Jan ne l’était à l’époque. Le personnage de la fille d’Etienne est inventé. Le personnage de l’ami joué par Laurent Stocker aussi.

─ La colère qui anime le personnage d’Etienne, c’est quelque chose que vous avez inventé ?

Pour la colère, je pense que je me suis inspiré en partie de moi-même. Je me suis projeté dans le personnage. J’ai eu moi-aussi ce parcours d’acteur, avec ces frustrations, ces moments de doutes terribles. Les personnages en colère, avec des doutes, sont de beaux personnages.

─ Au niveau du casting, est-ce que vous envisagiez Kad Merad dès l’écriture ?

Pas du tout. Je ne pensais pas à lui car l’image que j’en avais était celle d’un acteur de comédie, même si je savais qu’il avait fait autre chose, notamment Je vais bien ne t’en fais pas. C’est mon producteur qui a vraiment attiré mon attention sur lui en me disant de regarder Baron noir. Ça a été la révélation. J’ai vu dans Kad Merad tout ce qui pouvait se mettre au service du personnage d’Etienne : cette espèce de force, d’obstination, ce sale caractère. J’avais peur qu’il devienne trop rapidement le personnage du « bon gars », ce qu’il est dans la vraie vie d’ailleurs. Moi, je voulais un type limite antipathique au départ, quelqu’un de complexe. Maintenant évidemment, si j’avais à refaire le casting, je penserais à lui d’abord parce qu’il est parfait. Quand on fait un bon casting, c’est toujours mieux que ce que l’on pouvait imaginer. Dans le travail avec Kad, tout était évident, il est très à l’écoute, très facile à travailler. Il m’a frappé par sa finesse de jeu et sa subtilité. Tout cela se découvre au tournage, mais encore plus au montage quand on est dans le découpage chirurgical.

─ Pour revenir sur l’histoire, qui se situe en partie dans le monde carcéral, est ce que vous aviez des images de films sur la prison qui vous ont servi de références ?

Les références cinématographiques que j’avais n’étaient en fait que des images dont je voulais me défaire. Je voulais aller absolument contre tout ce que j’avais vu, en matière de décors, d’ambiance… Grâce à Irène Muscari, coordinatrice culturelle en milieu pénitentiaire et qui permis de suivre un atelier théâtre pendant six mois dans la prison où nous avons tourné. Ce que j’y ai vu, c’est ce qu’il y a dans le film. J’ai voulu recréer une image de la prison qui existe et que l’on ne connaît pas forcément.

─ Dans quelle prison avez-vous tourné ? Comment s’est déroulé le tournage sur place ?

C’est le centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin en région parisienne, qui est une prison qui a une dizaine d’années. Architecturalement, je voulais une prison absolument moderne comme elles le sont pour la plupart maintenant.

Les scènes de répétitions de théâtre ont été tournées en studio. Mais pour tout ce qu’on voit de la prison, les circulations, les cours de promenades, les parloirs, les coursives, la fouille, tout a été tourné dans la prison en activité. On était complètement intégrés dans la réalité carcérale, ce qui est assez rare. Tout cela en grande partie grâce à Irène Muscari qui avait préparé le terrain. Nous avons pu tourner quand même huit jours, avec une équipe de cinéma qui pouvait aller jusqu’à 74 personnes.

─ Vous ne passiez donc pas inaperçus…

Ah non, c’est sûr. Nous avions des nouvelles des détenus pendant le tournage, depuis les fenêtres. Ils nous interpellaient, commentaient, etc. Il est arrivé que le tournage soit interrompu, par exemple parce qu’il y avait une incarcération, de nouveaux détenus qui arrivaient, et il nous fallait libérer l’espace pour la fouille, les formalités etc.

─ En tant que spectateur, on entre dans cette prison avec un regard assez neuf, celui d’Etienne, auquel on est constamment rattaché. Pourquoi avoir fait le choix de suivre principalement le point de vue d’Etienne ?

Je ne voulais pas faire une chronique carcérale avec toute la vie de la prison. Je voulais vraiment être dans le point de vue unique d’Etienne pour justement emmener le spectateur dans un univers que lui aussi ne connaît pas, pour qu’il puisse y avoir cette identification au personnage. Pour moi, c’est ça qui était intéressant.

Au final, tout le film adopte presque le point de vue de la création de la pièce de théâtre que celui d’Etienne. Par exemple, quand ce dernier quitte la prison, on se reste avec les détenus qui répètent. Ce qui était intéressant pour moi c’est que l’on découvre la prison par ce biais-là. On visite la réalité de la prison, les ateliers, les parloirs, les coursives, sans douleur. Cela vient naturellement.

─ Dans une scène, le personnage d’Etienne fait l’éloge des acteurs amateurs, qui auraient une justesse de jeu supplémentaire à celle des acteurs professionnels. Pourtant, le casting du film est uniquement composé d’acteurs professionnels. Pourquoi ?

Cette question du juste, du vrai et du faux, c’est une théorie que je lui ai prêtée. Ils jouent faux mais en même temps ils sont vrais parce qu’il y a une espèce de sincérité absolue. Ils peuvent avoir des fulgurances, en même temps ils peuvent être maladroits. Ce ne sont pas juste des amateurs, ce sont surtout des taulards, des mecs qui ont des parcours de vie fracassés. Ce sont des personnalités en marge. Donc le résultat est forcément aléatoire, très intéressant et risqué. Le but c’est d’essayer de traduire ce qu’il y avait d’extraordinaire dans cette production théâtrale.

Au début, j’ai proposé à mon producteur de prendre des acteurs amateurs, des mecs qui sortent de prison. On a fait des ateliers théâtre et puis finalement, cela s’est avéré compliqué. Cela nécessite un casting d’un an, il faut avoir beaucoup de temps pour tourner. C’était un fantasme mais finalement je n’en ai pas eu besoin. L’important est le résultat et quand on est allés présenter le film à la prison d’Angoulême, un détenu a demandé aux acteurs s’ils avaient bien été payés à leur sortie de prison.

Crédits photos: Carole Bethuel
Crédits photos: Carole Bethuel
Crédits photos: Memento Films Distribution
Crédits photos: Carole Bethuel

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Entretien réalisé par Sylvain Bianchi.

Crédits image top : Un triomphe de Emmanuel Courcol, Memento Films Distribution

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