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« A Good Man » : rencontre avec la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar

Entretien avec...

Publié le : Mercredi 17 novembre 2021

Sélectionné au Festival de Cannes 2020, qui n’a finalement pas eu lieu, A Good Man est enfin en salles depuis le 10 novembre après plusieurs reports. Marie-Castille Mention Schaar filme l’histoire d’Aude – interprétée par Soko – et de Benjamin, homme trans interprété par l’actrice Noémie Merlant. Aude étant stérile, Benjamin va donc interrompre sa transition le temps de la grossesse. Dans cette quête de la parentalité, il va devoir se confronter à sa famille – parmi laquelle son frère interprété par Vincent Deudienne – ses amis et tout son entourage. Nous avons rencontrée la réalisatrice à l’occasion d’une avant-première au cinéma Le Mazarin à Aix-en-Provence.

─ Qu’est-ce qui a déclenché votre envie de filmer cette histoire ?

Une discussion ! Cela remonte au tournage du film Coby, auquel j’ai été associée en production, réalisé par Christian Sonderegger (co-scénariste de A Good Man) sur Jacob Hunt, son frère transgenre. Cette discussion entre Jacob et Christian se situait à quelques semaines de l’hystérectomie (acte chirurgical qui consiste à enlever l’utérus) de Jacob. Ce dernier était confronté au dilemme de mettre en pause sa transition pour accéder avec sa compagne à la parentalité. Cette discussion autour de l’identité, de la parentalité a été pour moi une révélation. Beaucoup d’hommes transgenres accouchent chaque année aux États-Unis. Je me suis plongé dans ce sujet grâce à Jacob, qui m’a donné envie de raconter cette histoire où se mêlent courage, amour, désir d’être parent.

─ Comment vous êtes-vous documentée ?

Par de nombreux témoignages, des documentaires, également par les réseaux sociaux car aux États-Unis ces histoires sont beaucoup plus médiatisées. J’ai par exemple suivi le parcours de Thomas Beatie qui a porté ses trois enfants car sa femme ne pouvait pas en avoir. J’ai échangé avec des professionnelles qui travaillent sur la transparentalité, notamment Laurence Hérault, professeure à l’université Aix-Marseille, qui m’a aidée sur de nombreuses questions.

─ Noémie Merlant est une de vos fidèles collaboratrices. Comment êtes-vous venue à lui proposer le rôle ? La question de confier le rôle à un acteur transgenre s’est-elle posée ?

Pour moi, c’est précisément l’ADN d’un interprète de pouvoir jouer des personnages très loin d’eux, qui n’ont par exemple pas vécu aux mêmes siècles. J’ai beaucoup travaillé avec Noémie, je connais son talent et sa capacité à incarner de la manière la plus intègre un personnage.

Après, je ne me suis fermée aucune porte. J’ai fait passer des essais à des acteurs transgenres. Mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, aucun ne correspondait autant que Noémie à ce que j’avais imaginé pour Benjamin. Et aucun n’avait son expérience pour interpréter tout ce que traverse Benjamin dans le film : avant la transition, la grossesse, la relation avec Aude, avec la famille…

Par contre, j’ai eu un vrai coup de cœur sur un des acteurs, Jonas Ben Ahmed, qui n’avait que très peu d’expérience. Je lui ai donc proposé un rôle secondaire, et pas un rôle d’homme transgenre, à l’opposé de toutes des propositions qu’il recevait habituellement et dans lesquelles il se sentait enfermé. J’ai l’habitude de travailler en constituant une famille, donc la plupart du temps j’aime retravailler avec les gens. Je viens d’ailleurs de tourner un autre film dans lequel j’ai à nouveau écrit un rôle pour Jonas.

─ Barbe, tatouage, large blouson en cuir… Comment avez-vous élaboré le look de Benjamin ?

Je me suis imprégnée des documentaires, des témoignages et des personnes que j’ai rencontrées. Puis, j’ai beaucoup travaillé le look du personnage avec des personnes transgenres qui m’ont orientée pour la plupart des détails. Pour la barbe, je ne connais pas d’homme trans qui n’ait pas de barbe, c’est un attribut masculin important…

─ Comment avez-vous obtenu également cette voix masculine qui sort de la bouche de Noémie Merlant ?

Noémie a beaucoup travaillé avec une orthophoniste. Mais il a fallu intervenir ensuite en post-production pour obtenir une texture vocale impossible à atteindre sans prendre de testostérone.

─ Les personnages ont quitté Aix-en-Provence, ville de leur rencontre, pour se réfugier sur l’île de Groix en Bretagne. Ce motif de l’île est intéressant, car c’est le lieu de l’isolement mais aussi le lieu de l’utopie ?

L’île représente effectivement une bulle, un cocon. Ce n’est pas un territoire inconnu car la grand-mère d’Aude y habitait. Symboliquement, il y a cet océan entre leur vie d’avant et celle d’aujourd’hui, qu’ils ont la liberté de traverser quand ils le souhaitent. Je vais à Groix régulièrement, j’ai découvert qu’à l’instar de nombreuses îles, il n’y a pas de grosse structure médicale, donc une partie de la population vieillissante noue des liens avec les infirmiers libéraux de l’île. Cela va bien au-delà du médical. Ces personnes âgées sont également la mémoire de l’île. Le lien entre eux et le personnage de Benjamin, jeune infirmier arrivé récemment, était donc important pour moi.

─ Vous replongez le spectateur dans le passé du couple, avec de nombreux flashbacks. Pourquoi avoir choisi de revenir à la rencontre ? Vous souhaitiez montrer l’évolution physique du personnage de Benjamin ?

Le film est une histoire d’amour. C’était donc fondamental que la rencontre soit incarnée à l’écran, que les spectateurs voient ces deux êtres entre lesquels quelque chose se passe immédiatement, qu’ils entendent la phrase d’Aude : « Moi j’aime les gens ». L’autre moment que je ne pouvais pas ne pas montrer avant la transition de Benjamin était celui de la première fois où il dit son prénom « Benjamin » à Aude, et, à travers elle, au reste du monde. Je voulais que le public puisse comprendre l’importance de ce changement de prénom, il fallait incarner ces moments avec les émotions et ressentis des personnages.

─ Un autre motif est celui de la danse. Les deux personnages se rencontrent dans une boîte de nuit où Benjamin danse, et pour Aude, c’est son métier, sa vocation. Comment ce motif vous est venu ?

Aude devait avoir une carrière artistique, à laquelle elle renonce dans une forme de sacrifice. La danse était parfaite pour ça, car cela implique un investissement fort, être dans une compagnie, voyager. J’aimais bien dans la danse ce rapport au corps, cet endroit où les deux peuvent se rejoindre avec la simple expression de leurs corps. Puis il se trouve que Soko (interprète d’Aude) avait joué dans La Danseuse (Stéphane Di Giusto, 2016) ce qui ajoute une jolie coïncidence.

─ Le personnage de Benjamin fait face tout au long du film aux critiques de ses proches, de sa mère à son frère en passant par ses amis, et même Aude. Tous lui reprochent son individualisme, son égoïsme. Le personnage est-il condamné à la solitude ?

La transition est un grand parcours solitaire. D’où la nécessité d’être accompagné, d’avoir de la bienveillance autour de soi. C’est vrai que dans les couples que j’ai rencontrés, une phrase revenait : « Tu prends beaucoup de place ». Parce que la transition prend de la place et cela peut être compliqué pour l’accompagnant. Il faut beaucoup d’amour et de compréhension pour accompagner quelqu’un, mais au final comme pour accompagner n’importe quel parcours difficile, n’importe quel combat.

─ D’où vient le titre A Good Man  ?

J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucun équivalent en français à A Good Man ! Un homme bien, un bon gars, un type bien, un brave homme… J’ai essayé toutes les formules mais il n’y en a aucune aussi simple et profonde que A Good Man !

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Entretien réalisé par Sylvain Bianchi.

Crédits photos top et article : © A Good Man, Castille Mention-Schaar, Pyramide Films, Willow Films

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