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Entretien avec Alexis Dulguerian, producteur de « Youssef Salem a du succès »

Entretien avec...

Publié le : Mardi 5 octobre 2021

À l’occasion du tournage de Youssef Salem a du succès, second long métrage de Baya Kasmi tourné entre la région parisienne et Marseille, racontant l’histoire d’un écrivain raté dont le succès soudain va se retourner contre lui, nous avons rencontré le producteur Alexis Dulguerian. Cofondateur de Domino Films avec Stéphanie Bermann, nous avons évoqué avec lui son métier et son parcours, ce film qui arrive et ceux encore à venir…

Vous avez fondé avec Stéphanie Bermann Domino Films. Comment a débuté cette histoire récente et quelles ont été les grandes étapes ?

Elle débute par une rencontre avec Stéphanie Bermann, il y a plus de dix ans de cela, nous travaillions tous les deux à Studio Canal. Elle est ensuite partie chez Mars Films, où elle a notamment produit La Famille Bélier, et moi chez Partizan films, qui produisait notamment les films de Michel Gondry. Nous avions le projet de créer une boite ensemble et cela a pu se concrétiser il y a environ sept ans avec Domino Films, dans l’idée d’accompagner de jeunes auteurs de cinéma. Notre premier projet a été le premier film d’Hubert Charuel, Petit Paysan (2017), co-écrit avec Claude Le Pape, qui a eu un joli succès jusqu’à remporter le César du meilleur premier film. Nous avons ensuite travaillé sur deux courts métrages puis sur le premier film de la comédienne Joséphine De Maux, Les Petits flocons (2019). Ensuite, cela a été au tour de Perdrix (2019), premier film d’Erwan Le Duc, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Cet hiver, nous avons tourné un autre premier film, celui de Cécile Ducrocq, Une femme du monde (2021), avec Laure Calamy dans le rôle principal. Le film a été présenté au Festival de Deauville et sortira en fin d’année. Youssef Salem a du succès sera donc notre cinquième long métrage. C’est le deuxième film de Baya Kasmi, qu’elle a co-écrit avec Michel Leclerc.

─ Comment choisissez-vous un projet ? En duo ?

Le point de départ est invariablement la personnalité des auteurs, l’adéquation entre leurs sujets et la manière cinématographique de le traiter. Il faut que l’on soit tous les deux enthousiastes avec Stéphanie, mais nous avons des sensibilités qui se complètent. Nos décisions se prennent toujours à deux évidemment. Nous travaillons beaucoup sur des premiers ou deuxièmes films, ce sont des engagements importants !

─ Vous travaillez actuellement avec Baya Kasmi. Qu’est-ce qui vous séduit dans son cinéma, plus largement dans le couple Baya Kasmi – Michel Leclerc et leur écriture ?

On suivait le travail de Baya Kasmi et Michel Leclerc depuis longtemps, ils ont écrit énormément de films. Ce sont des auteurs dont nous sommes fans. Nous avions beaucoup aimé le premier court métrage de Baya J’aurais pu être une pute (2011). Quand on les a rencontrés pour Youssef Salem a du succès, nous avons très vite retrouvé tout l’ADN de leur cinéma : un cinéma d’auteur avec une ambition populaire, qui traite de sujets ancrés dans la société sans y aller de manière frontale mais en faisant toujours un pas de côté.

─ À la différence de la majorité des projets cités jusque-là, vous travaillez pour Youssef Salem a du succès avec des cinéastes plus installés. Qu’est-ce que cela change ?

En effet, Baya réalise là son deuxième long métrage, mais elle a aussi travaillé sur une série télévisée. C’est une approche différente, nous avons affaire à des équipes déjà constituées, à un réseau. Cela tire tout le monde vers le haut.

 Le tournage a lieu entre Marseille et Paris. Qu’êtes-vous venus chercher cinématographiquement à Marseille ?

Nous venons chercher ici une lumière. Dans le scénario, il y a un contraste entre la vie parisienne du personnage et sa vie de famille dans le sud, à Marseille. Cela nous intéressait de faire jouer un contraste de lumière, de couleur et de paysage, avec quelque chose de plus aéré sur les extérieurs, dans l’idée de confronter ça à Paris, où le personnage vit dans une chambre de bonne. Quand il revient à Marseille, il retrouve ses parents qui certes vivent dans une cité mais avec la mer pour horizon.

Baya Kasmi a écrit le scénario en pensant à Ramzy Bedia ? Comment s’est constitué le reste du casting ?

Baya a en effet écrit pour Ramzy Bedia. S’il avait refusé, je ne sais pas ce que nous aurions fait ! Nous adorons Noémie Lvovsky, qui joue le premier rôle féminin. C’est une reine de comédie, capable de passer du comique à l’émotion, avec une dureté également. Peu d’actrices sont capables d’apporter sa sensibilité. Ce qui nous intéressait dans un duo Ramzy-Noémie, c’était de confronter leurs deux univers cinématographiques, en apparence très éloignés.

À l’instar de Vimala Pons, qui fait partie intégrante de l’univers de Baya – elle jouait dans ses premiers courts et longs métrages – beaucoup de comédiens et comédiennes sont des gens qui ont déjà travaillé avec Baya.

En tant que société de production jeune, quels ont été les impacts de la crise sanitaire sur votre travail ?

Faire un film, c’est faire face à une succession d’imprévus et notre métier de producteur, c’est anticiper et gérer ces imprévus. Nous avons tourné pendant la pandémie Une femme du monde et aussi Youssef Salem a du succès, puisque l’épidémie n’est pas terminée. C’est une épée de Damoclès supplémentaire puisqu’à tout moment le tournage peut être interrompu pour une dizaine de jours. Même si tout est fait pour amortir les pertes avec le fond d’assurance mis en place par le CNC, cela reste de l’incertitude supplémentaire.

Puis, plus largement, cela a été compliqué pour les films sortis cet été, au vu de l’embouteillage de films prêts à sortir. Du point de vue du public, la pratique de retourner au cinéma revient petit à petit, mais plus lentement que ce à quoi on aurait pu s’attendre.

─ Quels sont les futurs projets de Domino Films ?

Notre prochain film, dont nous débutons la recherche de financement, sera le prochain film d’Erwan Le Duc (Perdrix). L’hiver prochain, nous espérons pouvoir tourner le premier long métrage de Julien Despaux, connu jusqu’ici pour son travail dans la série (Zones blanches, Paris Police 1900…) qui sera une comédie noire.

Le tournage de Youssef Salem a du succès achevé, quand aurons-nous la chance de le voir en salles ?

On espère que le film soit prêt pour le premier semestre 2022. La date de sortie dépendra ensuite du nombre de films en attente d’être diffusé.

Perdrix d'Erwan Le Duc, Pyramide Films
Petit paysan, Hubert Charuel, Pyramide Films
Je suis à vous tout de suite, Baya Kasmi, Le Pacte
J'aurais pu être une pute, Baya Kasmi, Karé Productions, Premium Films
Stéphanie Branchu – Domino films

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Entretien réalisé par Sylvain Bianchi.

Crédits photo top : Stéphanie Branchu – Domino films

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