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Entretien avec Stéphanie Douet, productrice du film « L’Histoire de Karine »

Entretien avec...

Publié le : Mardi 8 février 2022

À l’occasion du tournage de L’Histoire de Karine, premier long métrage de Sylvie Gautier, tourné entre Marseille, Aix-en-Provence et le Pays de Martigues, racontant la lutte de Karine, femme de ménage illettrée, contre le chantage de sa patronne, nous avons rencontré la productrice Stéphanie Douet. Fondatrice de Sensito Films, nous avons évoqué avec elle ce film, son métier et son parcours…

Pouvez-vous revenir sur la création de Sensito Films ?

J’ai créé Sensito Films en 2002, en produisant du court-métrage. Puis progressivement, en accompagnant des auteurs du court au long, j’ai commencé à développer et produire du long métrage. Il y a par exemple eu récemment Après la guerre (2017) d’Annarita Zambrano, dont j’avais produit les premiers courts. Cela nous a pris 10 ans pour arriver au long ! De la même manière il y a eu Souffler plus fort que la mer (2016) de Marine Place. Dans le même temps, j’ai également commencé à produire du documentaire, en commençant par des films pour France 3 Régions. Cela fait également plusieurs années que je travaille avec des auteurs dont je n’ai pas forcément produit les courts-métrages, comme Béatrice Pollet, dont je produis actuellement le deuxième film.

Comment choisissez-vous vos projets ?

Les auteurs viennent à moi, la plupart du temps parce qu’on les a dirigés vers moi. Par exemple, c’est le monteur de Marine Place qui me l’a envoyée et nous avons fait ensemble Souffler plus fort que la mer. Les gens se trompent rarement en provoquant ces rencontres, ils connaissent ma sensibilité.

Qu’est-ce que ce serait cette sensibilité ?

C’est difficile à dire. C’est peut-être une façon de travailler, car je retrouve chez ces auteurs une vraie force de travail, qui est nécessaire pour faire un long métrage. C’est aussi une sensibilité sur la manière dont nous voyons la société. Il y a quelques années j’ai monté l’association Femme et Cinéma, je suis assez sensible à la place de la femme dans la société et donc à donner une place aux réalisatrices. J’ai donc à cœur de soutenir des réalisatrices engagées, qui veulent raconter des histoires qui résonnent avec notre société contemporaine.

L’Histoire de Karine traite entre autres de la condition des femmes de ménage. Vous croyez que le cinéma peut changer les choses ?

Je pense que certains films peuvent changer la vie des gens. Cela a été mon cas. Donc à notre petit niveau, raconter ces histoires, ici celle d’une femme de ménage, mêlée avec le sujet tabou qu’est l’illettrisme, je pense que c’est important. D’autant que le film est porté par un ensemble de personnages féminin. Tout cela peut aider à changer le regard que les gens portent sur ces questions.

Avec les sorties récentes de Ouistreham ou de Debout les femmes !, on sent qu’il y a un mouvement autour de ces questions…

Au-delà même du sujet des femmes de ménage, ce sont surtout des femmes qui se battent, qui sont vivantes, qui luttent pour changer les choses. Je me rends compte que cela change un peu, mais cela reste lent, fragile. C’est un processus long et j’espère que ce film sera une pierre à l’édifice.

Le film se passe dans le sud, entre Marseille et Martigues. Pourquoi ce choix ?

Le sujet est universel, il aurait pu se tourner dans différentes régions. Mais il se trouve que je connais les équipes de la région, qui m’ont déjà soutenue plusieurs fois sur d’autres films. Il était donc facile pour moi de dire à la réalisatrice que tout allait bien se passer ici. Nous avons trouvé facilement de nombreux décors, notamment autour de Martigues, qui ont permis à Sylvie d’imaginer son film ici.

Comment s’est constitué le casting du film ?

Sylvie savait où elle voulait aller, mais était aussi à l’écoute de suggestions. Elle sait s’adapter. Cela s’est donc fait comme ça au fil des propositions. Il était important que le personnage principal soit quelqu’un comme Céline, car on veut montrer que l’illettrisme peut toucher tout le monde, et pas forcément les milieux les plus modestes. Pour Thomas, Sylvie l’avait vu dans Jusqu’à la garde (2017). Il a grandi depuis mais la rencontre s’est très bien passée. Au final, nous avons un casting assez diversifié, avec Camille, Elie. Sylvie voulait qu’on puisse s’identifier à ces comédiennes.

Quels sont vos prochains projets ?

Nous tournons en ce moment le deuxième long métrage de Béatrice Pollet. Sinon, nous avons des projets en développement, les prochains films d’Hervé Lasgouttes et Marine Place, qu’on espère tourner bientôt.

Quand le public pourra-t-il découvrir L’Histoire de Karine en salles ?

J’espère avant la fin de l’année 2022.

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Entretien réalisé par Sylvain Bianchi.

Crédits photos top et article : Tournage L’Histoire de Karine © Sylvain Bianchi

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