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Le Retour de Cannes du GNCR

Actus

Publié le : Vendredi 4 septembre 2026

Du 11 au 27 septembre prochains, 66 salles adhérentes au Groupement national des cinémas de Recherche (GNCR) proposent 12 films issus des sélections cannoises 2026. Les films retenus l’ont été pour leur singularité, leur mise en scène remarquée, se différenciant et proposant un renouvellement des formes cinématographiques.

À cette occasion, nous avons échangé avec Alice Monin, chargée de projet action culturelle au GNCR. Elle revient sur l’évolution de cette manifestation, sa programmation collective, les salles participantes, mais aussi sur la volonté du GNCR de faire découvrir des œuvres moins médiatisées et de faire circuler les films dans tous les territoires.

En savoir plus.

Le Retour de Cannes a beaucoup évolué par rapport à ce que proposait auparavant le GNCR. Qu’est-ce que vous avez cherché à créer avec cette nouvelle formule ?

Pour nous, cette formule est un beau un moyen d’entremêler les différentes sélections cannoises. Le principe : douze films, avec deux films par sélection : deux films ACID, deux films la Semaine de la critique, deux films de la Quinzaine des cinéastes, deux films d’Un certain regard, deux films de la Compétition officielle et deux films hors compétition. Cela permet de donner un aperçu des différentes sélections et de les décloisonner.

On voulait aussi permettre aux spectateurs et aux spectatrices de découvrir de nouvelles œuvres, et de nouveaux auteurs, aux notoriétés différentes.  On cherche aussi à sélectionner des films qui creusent cette idée de recherche et de découverte, puisque c’est vraiment notre ligne éditoriale.

Il y a d’ailleurs une petite spécificité technique, qui est intéressante : les douze films du Retour de Cannes ne sont pas tous soutenus par notre association. Cela nous permet, d’un côté, de repérer des œuvres très en amont et de les inclure dans le Retour de Cannes, pour permettre ensuite aux salles de faire des avant-premières assez tôt. Mais cela nous permet aussi, en même temps, d’élargir un peu notre ligne éditoriale et d’intégrer des œuvres soutenues par l’AFCAE, comme Notre salut, un film qui pose par ailleurs, des questions liées à des enjeux de recherche, chers à notre association.

Le Retour de Cannes est un événement qui couvre un territoire très large. Du nord au sud avec le studio 43 à Dunkerque et la Baleine et le Gyptis à Marseille, d’est en ouest, avec le Bel Air à Mulhouse et les studios à Brest, la manifestation quadrille donc la France métropolitaine, jusqu’en Corse, avec le Complexe Galaxy à Lecci.

Pourquoi avoir choisi septembre pour cette manifestation ?

La reprise de la Quinzaine, dont nous étions en charge jusqu’en 2022, avait auparavant lieu en septembre. On trouvait pertinent de garder ce calendrier pour nous laisser le temps de mettre les choses en place à partir du Festival de Cannes qui se déroule au mois de mai. Ce qui est assez chouette avec la sélection, c’est que les membres du conseil d’administration de notre association s’appuient sur des votes que Clément Dussart et moi-même collectons auprès de l’ensemble de nos adhérents à l’issue du festival pour choisir les films du Retour de Cannes. On aime beaucoup cette dimension collective, avec des œuvres choisies à partir de ces avis, et cette possibilité de s’appuyer ensuite sur les salles participantes, qui vont nous permettre de rendre la manifestation possible. Car il faut le dire, sans les salles, on ne pourrait pas faire de Retour de Cannes !

Cette année, 66 salles participent. Quel est concrètement votre rôle auprès d’elles ?

Mon rôle avec Corian Dominguez qui m’a assistée sur la coordination de l’événement cette année, c’est vraiment de faire le lien entre les distributeurs et les salles. Très concrètement, nous avons un tableau Excel partagé avec chaque distributeur et nous mettons à jour les demandes des salles en fonction de leur choix de programmation.

On met également en place toute une série d’accompagnements. On propose un accompagnement pris en charge pour chaque salle, mais on fait en sorte de trouver des astuces pour en faire davantage lorsqu’un intervenant est à proximité et certaines salles ont la possibilité de prendre en charge plusieurs accompagnements. Nous mettons notamment en avant la possibilité de faire intervenir des critiques de cinéma en salle. On a un partenariat avec des membres de certains comités de sélection du Festival de Cannes, comme la Semaine de la critique, et la Quinzaine des cinéastes qui accompagnent certains films. Au-delà des comités de sélection, nous avons de nombreux et nombreuses critiques qui accompagnement les films dans toutes les salles participantes. Il y a vraiment une diversité géographique dans laquelle on voit les critiques intervenir. Ils parcourent le territoire et prennent plaisir à aller à la rencontre des différents publics pour accompagner des œuvres qu’ils ont envie de défendre et de faire découvrir.

Vous essayez également de faire venir les cinéastes et les équipes des films ?

Oui, depuis la première édition de la manifestation en 2024, on essaie aussi de faire venir les cinéastes ou des membres des équipes de films. Par exemple, pour Notre Salut, le mixeur et chef opérateur son Antoine Bailly et la cheffe décoratrice Anna Falguères vont accompagner le film, en plus d’Emmanuel Marre bien sûr. On a aussi organisé de nombreuses séances spéciales en présence de membres de l’équipe technique et artistique de La Gradiva, avec la réalisatrice Marine Atlan, mais aussi la cheffe opératrice Pierre Mazoyer, la co-scénariste Anne Brouillet, le monteur Guillaume Lillo ou encore le jeune acteur principal, Colas Quignard. On a donc à cœur de mettre en avant les équipes des films au sens élargi.

Quand on le peut, on essaie de créer une dynamique de proximité, en fonction de l’endroit où vivent les intervenants et les intervenantes. Ce n’est pas toujours possible, évidemment. Mais cette logique permet aussi de réduire les frais (notamment de transport) et donc d’augmenter le nombre d’interventions. Nous réfléchissons à ces enjeux, notamment avec notre administratrice, Eugénie Filho. Mais nous avons encore des critiques qui traversent la France pour accompagner des séances, et nous leur en sommes très reconnaissants.

On met donc en lien les salles avec les distributeurs, puis les intervenants potentiels, mais nous jouons également un rôle de prescripteur. On conseille les salles en fonction de leurs goûts, de leurs envies et des films qu’elles n’ont pas forcément vus, tout en prêtant attention à l’équilibre entre les films. On les incite à piocher parmi toutes les sélections et à ne pas prendre uniquement des films de la Compétition officielle, et d’Un certain regard.

VIRAGES de Céline Carridroit, Aline Suter © Norte Distribution

Est-ce que le Retour de Cannes s’adresse d’abord aux cinéphiles qui souhaitent retrouver des films dont ils ont entendu parler à Cannes, ou est-ce aussi une manière d’amener de nouveaux publics vers le cinéma de recherche ?

C’est une vaste question : je dirais les deux !

Je pense d’abord au Festival de Cannes, où il y a énormément de professionnels et relativement peu de public qui ne travaille pas dans le milieu du cinéma. Il y en a, bien entendu, mais Cannes reste surtout un rendez-vous professionnel. On trouve donc intéressant de rendre ces films accessibles à tous dans les grandes villes, mais pas uniquement. La spécificité de notre association, c’est qu’on a des salles dans les grandes métropoles, mais aussi dans la ruralité et dans des villes intermédiaires. On a vraiment tous les cas de figure géographiques et territoriaux qui traversent la France et on s’appuie sur cette diversité territoriale pour faire rayonner les films.

Je trouve ça vraiment intéressant de se dire qu’on va aller à la rencontre des territoires et amener ces films, qui sont passés à Cannes, et dont certaines personnes n’ont pas forcément entendu parler. Quand je rentre du festival, mes proches qui ne travaillent pas dans le cinéma sont parfois intrigués d’apprendre que je n’aie pas vue la Palme. Mais il y a pleins d’autres films à voir. Le Retour de Cannes permet à la fois de programmer des films comme Notre salut ou La Gradiva, mais aussi d’autres films, dont on a moins parlé au moment du Festival. On aime bien ce mélange-là, c’est très important pour nous.

Et concernant les publics, est-ce que vous avez justement pour ambition de renouveler le public des salles ?

Je pense que cela dépend énormément du territoire et du travail mené par chaque salle. On a vocation à ce que la manifestation devienne un temps fort qui fasse écho d’année en année auprès des spectateurs et des spectatrices de chaque salle, tant des cinéphiles que des personnes qui vont moins au cinéma ; On a envie de créer un rapport de confiance, pour que le public se dise « tient le GNCR a élaboré cette sélection, allons-y ! ». Je pense qu’il faut cultiver cette confiance dans notre réseau de salles.

Cet attrait passe aussi par la communication conçue par mes collègues Valentine Jejcic pour le print et le site internet, et Samuel Lucas notamment pour les réseaux sociaux. Ils font le lien avec les salles pour leur transmettre la bande annonce, et élaborer les différents supports de communication. Depuis trois ans, l’affiche est réalisée par le même dessinateur, Corentin Pernet. Cela permet de créer un lien visuel d’une édition à l’autre, ce qui est plus identifiable pour les publics.

Parmi les douze films de cette édition, y en a-t-il un ou plusieurs que vous avez particulièrement envie de faire découvrir ?

J’en ai plusieurs ! Il y a Ton animal maternel de Valentina Maurel. Il y a aussi Virages de Céline Carridroit et Aline Suter, et Notre salut, d’Emmanuel Marre que j’aime beaucoup.

On était très contents d’intégrer Notre Salut à la sélection. C’est vraiment un film essentiel dans la période politique qu’on traverse aujourd’hui. Il y a quelque chose dans sa manière de filmer qui est très documentaire et, en même temps, une manière de représenter l’histoire, une période historique, qui n’a rien de figé dans le temps. J’ai souvent l’impression que les « biopics », ont tendance à figer des périodes de l’histoire, avec des images qui donnent l’impression qu’on souhaite représenter une sorte d’idéalisation de la manière dont les gens se comportaient dans le passé. Et puis ici la question du biopic est prise à revers, puisque cet homme a été oublié et n’est pas passé à  la postérité, et n’est autre que l’arrière-grand-père du réalisateur, qui fut fonctionnaire au service du régime de Vichy. C’est un projet cinématographique qui s’intéresse au plus commun des hommes, avec son ambition et ses idées, mais aussi à l’origine du mal, qui prend racine l’air de rien.  Dans le film, il y a une vraie circulation, un mouvement permanent, qui nous amène à une circulation de la pensée. C’est merveilleux !

Il y a aussi Virages qui était à l’ACID Cannes qui a été réalisé par deux cinéastes. C’est un film qui a quelque chose de très doux, de très bienveillant. Ça fait du bien de voir un film où le personnage principal, Johanna, est tant aimé. Le film joue sur une ambiguïté intéressante : c’est un documentaire, mais le dispositif fait penser à de la fiction. On sent tout l’amour que les amis et la famille de Johanna ont pour elle. On ressent l’empathie entre les personnages et c’est très beau.

Il y a aussi un enjeu autour de la sortie des films présentés en avant-première. Comment faire pour qu’ils ne se retrouvent pas perdus parmi les autres sorties ?

C’est vrai. Il y a des films qui sortent parfois un an plus tard. Cette année, on a eu de la chance : parmi les douze films, beaucoup sortent à l’automne. La formule fonctionne donc assez bien : les avant-premières ont lieu en septembre et les sorties arrivent ensuite à l’automne. À part Cœur secret et Virages, qui sortiront au premier semestre 2027.

Avec les distributeurs, on essaie de trouver des associations locales pour accompagner au mieux les séances. Il ne suffit pas de simplement envoyer un intervenant et de se dire qu’il va faire le travail. Localement aussi, il faut créer des dynamiques autour des films. Nous espérons que les films du Retour de Cannes attireront du monde et feront résonner des choses en chacun et chacune.

Les films permettent aussi d’aborder des sujets très variés.

Oui. Ils abordent des sujets très différents. Avec le Retour de Cannes, on souhaite faire vivre le débat public, politique, social, dans les salles. Il ne s’agit pas uniquement de valoriser l’événement, mais aussi de valoriser les salles de proximité qui nous font confiance et qui permettent de créer ce lien entre le public et les œuvres. C’est grâce également à des associations comme Les Ecrans du Sud que ce lien est possible et c’est important de l’entretenir.

Justement, comment travaillez-vous avec les structures régionales comme les Écrans du Sud ?

Nous mutualisons nos forces, et c’est très important. On n’est pas isolés, chacun de notre côté. Il y a vraiment de la communication, beaucoup d’échange et lors d’une manifestation comme celle du Retour de Cannes, cela permet de concrétiser de beaux partenariats. C’est important de créer des dynamiques entre les associations de salle de cinéma, ça nous rend plus fort et ça crée davantage de proximité, à tous les niveaux.

Les 12 films sélectionnés

L’AVENTURE RÊVÉE de Valeska Grisebach
Allemagne, France, Bulgarie, Autriche | 2026 | 2h42 | Haut et Court
Cannes 2026, Sélection officielle – Compétition – Prix du Jury

CŒUR SECRET de Tom Fontenille
France | 2026 | 1h28 | Météore Films
Cannes 2026, ACID Cannes

EVERYTIME de Sandra Wollner
Allemagne, Autriche | 2026 | 2h01 | New Story
Cannes 2026, Un Certain Regard – Prix Un Certain Regard

LA GRADIVA de Marine Atlan
France, Italie | 2026 | 2h25 | Tandem 
Cannes 2026, Semaine de la Critique – Grand Prix AMI de la Semaine de La Critique

MARIE MADELEINE de Gessica Généus
Haïti | 2026 | 1h44 | Pyramide Films
Cannes 2026, Cannes Première

MERCI D’ÊTRE VENU d’Alain Cavalier
France | 2026 | 1h25 | Camera One
Cannes 2026, Quinzaine des Cinéastes

NOTRE SALUT d’Emmanuel Marre
Belgique, France | 2026 | 2h35 | Condor Films
Cannes 2026, Sélection officielle – Compétition – Prix du scénario

LES ROCHES ROUGES de Bruno Dumont
Portugal, France, Italie, Espagne, Qatar | 2026 | 1h30 | Les Films du Losange
Cannes 2026, Quinzaine des Cinéastes

ROMA ELASTICA de Bertrand Mandico
France, Italie | 2026 | 1h46 | Condor Films
Cannes 2026, Hors compétition

SIX MOIS DANS LA MAISON ROSE ET BLEUE de Bruno Santamaría Razo
Mexique, Brésil, Danemark | 2026 | 1h44 | Épicentre Films
Cannes 2026, Semaine de la Critique

TON ANIMAL MATERNEL de Valentina Maurel
Belgique, France, Mexique | 2026 | 1h45 | JHR Films
Cannes 2026, Un Certain Regard – Prix d’interprétation féminine collectif

VIRAGES de Céline Carridroit et Aline Suter
Suisse, France | 2026 | 1h29 | Norte Distribution
Cannes 2026, ACID Cannes

Les salles participantes au Retour de Cannes 2026 en Région Sud

Berre-l’Étang – Ciné 89

Cagnes-sur-Mer – Cinéma Espace Centre

Gap – Le Club

Grans – Espace Robert Hossein

Marseille – La Baleine

Marseille – Le Gyptis

Martigues – La Cascade

Photo top : Roma Elastica de Bertrand Mandico – Condor Distribution

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