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Rencontre avec Rudi Rosenberg, réalisateur de « Quelques mots d’amour »

Actus

Publié le : Mardi 20 octobre 2026

Dix ans après Le Nouveau, Rudi Rosenberg revient avec Quelques mots d’amour, présenté à Un Certain Regard à Cannes : l’histoire d’une adolescente de Sarcelles qui, en 1995, part à la recherche du père qu’elle n’a jamais connu. Le film sort en salle le 28 octobre, et Séances Spéciales a rencontré son réalisateur, Rudi Rosenberg.

Cela fait dix ans que vous avez réalisé Le Nouveau, et votre cinéma est plus mélancolique, mais on retrouve le thème de l’adolescence.

Au départ, je pensais avoir écrit un film sur la quête du géniteur : une jeune fille qui cherche son père. En écrivant, je me suis rendu compte que je parlais de choses beaucoup plus intimes, et surtout de l’amour maternel.

Bien sûr, il y a cette adolescente en crise, et sa mère qui l’aide tout en voulant la protéger. Mais pour moi, le film raconte surtout la naissance de relations : une fille qui apprend à connaître sa mère, une mère qui apprend à connaître sa fille, un frère qui apprend à connaître sa sœur… L’amour fraternel compte énormément pour moi.

Quand l’idée m’est venue, j’avais vu des témoignages de jeunes filles à la recherche de leur géniteur, et je les avais trouvés très touchants. J’y ai vu un sujet, mais aussi la possibilité de raconter l’amour des mamans, l’ingratitude des enfants, l’amour entre frère et sœur, et d’y mettre de l’humour. On rit souvent pour traverser une épreuve difficile.

C’est un épisode de Strip-Tease de 2004 qui vous a donné l’idée de parler de cette histoire ?

Je me suis surtout servi de témoignages de jeunes filles trouvés sur YouTube. C’est toujours la même histoire, malheureusement très banale. Elle touche autant les filles que les garçons, mais ce sont surtout les filles qui témoignent, les garçons sont plus réservés. À presque chaque projection, quelqu’un, une mère ou une fille, prend la parole en larmes pour dire « c’est mon histoire ». C’est pareil pendant les castings.

L’épisode de Strip-Tease, lui, s’appelle Papa va venir. Une mère et ses deux filles y attendent pendant tout l’épisode un père qui ne viendra pas, alors qu’il devait fêter le permis de la cadette. La mère se dispute sans cesse avec ses enfants, mais on sent qu’ils s’aiment. C’est ce que j’ai retrouvé de ma propre famille : on ne se disait pas « je t’aime », on s’engueulait. Le « ta gueule » du frère, dans le film, veut en réalité dire « je t’aime ». Cet épisode m’a surtout donné des dialogues et des façons de parler.

Pourquoi avoir situé cette histoire à Sarcelles, et pourquoi à la fin des années 1990 ?

Pour l’époque, d’abord par nostalgie : c’est ma jeunesse. Les cabines téléphoniques, les répondeurs, pas d’écrans… Je trouve cette période joyeuse, douce, colorée. Mais surtout, aujourd’hui, Internet aurait permis à Abigaëlle de retrouver son père beaucoup trop vite, et le film aurait été trop court !

Pour le lieu, je savais seulement que je voulais une banlieue. Je suis tombé amoureux de Sarcelles : c’est une banlieue qui a été stigmatisée dans les années 90 à cause de quelques événements, jusqu’à devenir un symbole de la violence en banlieue, ce qui est faux. Aujourd’hui, c’est une ville très agréable où l’on s’entraide. Les habitants ont une façon de parler, un humour, et ils vous adressent la parole tout de suite. Et l’endroit est beau : les immeubles datent des années 60, quand c’était une banlieue chic, construits avec de bons matériaux par des architectes. On dirait presque un film de Tati. Ils se sont beaucoup abîmés avec le temps, et j’aime ce contraste.

J’ai donc fait un casting à Sarcelles, parce que je voulais que tous les enfants du film en viennent. Ce n’est pas tout à fait le cas : les deux garçons, le grand et le petit, viennent de Marseille.

Le film repose sur deux duos de jeunes acteurs. Comment les avez-vous trouvés et dirigés ?

J’ai cherché des gens qui avaient un vécu en commun avec leurs personnages, une sensibilité proche. Pour le petit qui joue Yoni, Aïdan Djouadi, il fallait un côté espiègle. Celle qui joue Abigaëlle petite, Ella Bedoucha, adorait improviser, elle était super. La grande, Nour Salam, je l’ai trouvée grâce à une annonce. Il y avait une résonance avec sa propre histoire. Une fois les bonnes personnes trouvées, tout roule presque seul sur le plateau, puisqu’ils sont déjà leurs personnages.

Avec Hafsia Herzi, nous nous sommes rencontrés sans même parler du scénario. Elle a dit oui tout de suite et faisait son travail pendant que je m’occupais des enfants. C’était très simple. Nous n’étions pas toujours d’accord, nous avons du caractère tous les deux, mais elle a quelque chose de très brut et de très doux.

Quels sont vos prochains projets ? Retrouvera-t-on le thème de l’adolescence ?

Non, pas pour le prochain film. Je prépare quelque chose de complètement différent, une satire, que j’espère tourner au printemps. Rien à voir : pas d’enfants, pas d’amateurs, un vrai changement.

Quelques mots d’amour sort le 28 octobre au cinéma.

Crédits photo : Ad Vitam
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